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Savoir donner, donner sans reprendre [Romaniel & Joker]

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Jeu 26 Juin - 0:04
Michaël Archange Maître de la Charité




Michaël avait entendu parler de ce Sanctifié, Romano, à travers les dires des Anges. Une pile électrique pour eux, intenable. Un Humain mort pendant la guerre, qui avait perdu tant de choses, qui avait tant à offrir. Et qui avait répondu à l'affirmative à la proposition qu'on lui avait faite, celle de devenir un Ange. Il n'en fallait pas plus pour l'Archange. La Charité, c'était devenu précieux dans ce monde d'individualisme.

Il alla à sa rencontre, tout simplement, sans même l'avoir prévenu. Il lui sourit. Il ne perdit pas de temps à expliquer que subir une telle épreuve était dangereux... S'il échouait il pouvait perdre sa place au Paradis. Mais ça, on avait du déjà lui en faire part. :

-La Charité, c'est savoir donner sans rien attendre en retour... C'est savoir souffrir en silence... C'est se relever et renaître de ses cendres. Je vais t'offrir cette chance mon ami. Fais-en bon usage.

En silence, il ouvrit en grand ses deux paires d'ailes et posa délicatement ses deux mains sur les tempes de Romaniel. De l'extérieur, les deux êtres étaient juste debout, face à face, les paupières tremblantes fermés. A l'intérieur, Romaniel était de retour sur le champ de bataille, bien des décennies auparavant.

Il allait devoir faire face à ce dilemme : laisser un homme mourir et vivre, ou bien le sauver et périr à sa place.
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Ange de la Charité
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Romaniel
Ange de la Charité
Jeu 26 Juin - 16:59
Des rafales de tirs.

C’est la première chose que j’entends,  et avant même de rouvrir les yeux, je comprends où l’emplumé m’a renvoyé. Sans pouvoir me contrôler, je me mets à trembler.

Tout est exactement comme dans mes souvenirs. Le M91 que je serre entre mes doigts à les en faire pâlir, les cris qui résonnent par-dessus les coup de feus assourdissants, les ordres, les râles d’agonies, les cadavres et leurs yeux exorbités, et Felice, non, mon Dieu, Felice juste à quelques mètres de là, qui ne me regarde pas et qui tire sur un de ces types du camp adverse.

Tout est exactement comme dans mes souvenirs, ou presque. Quelque chose cloche. Il y a le corps de ce type, là. Je m’en rappelle, je l’avais vu se prendre une balle dans le front, et il était tombé juste à ma gauche, quelques secondes avant que je ne tombe moi aussi. Pendant les longues minutes où j’ai agonisé, je m’étais même dit qu’il avait de la chance, l’enfoiré, parce que lui au moins, il avait pas eut le temps de souffrir.  Sauf que là, son cadavre est à ma droite, et ça, c’est pas normal.

Celui qui l’a juste à sa gauche,  c’est pas moi, c’est Luciano.

Luciano, putain. Mais qu’est-ce qu’il fout là, ce salaud ? Dans mes souvenirs, il était à plus d’une vingtaine de mètres de moi, alors que là, je pourrais presque le toucher. Pas que je le veuille, bien sûr. Ce type est immonde. Quand on était gamin, je passais mon temps à me battre avec lui parce qu’il faisait pleurer Feli, et pas que Feli, d’ailleurs. En fait, il pourrissait la vie de tout le monde, sans distinction. Un vrai con, et ça n’a fait qu’empirer en grandissant.  Je me souviens qu’un jour, une gamine est tombée dans un fossé et s’est pétée la jambe. Elle serait tombée sur la tête qu’elle serait morte. Et lui, tout ce qu’il a trouvé à faire alors qu’elle était en larmes juste à côté de lui, c’est éclater de rire, parce qu’il trouvait ça drôle.  Si y’avait pas eut la fillette, pour le coup, je l’aurais bien tabassé. C’était ce genre de type à la méchanceté pure dont l’égoïsme n’avait pas de limites. Il devait sûrement pourrir quelque part en Enfer à l’heure qu’il est.

Mais c’est quoi, au juste, « l’heure qu’il est » ? Si ça se trouve, tout ce qui est arrivé, c’était juste un rêve. En vrai, je suis jamais mort. Parce que le poids de l’arme entre mes mains, la poussière que je respire, les yeux des cadavres, mon cœur qui bat à toute rompre, et la peur, putain, cette peur sournoise que je sens s’infiltrer en moi, qui me fait transpirer et trembler mes membres, tout ça, là, c’est bien réel. Je croyais que c’était fini, mais non, je suis vivant. Merde, si c’est pour crever à nouveau, je m’en passerais bien. Parce que je vais crever, hein ?  Comment vous voulez que je survive à cette merde ?

Soudain, je lève les yeux, et je vois ce type en face pointer son fusil vers Luciano. C’est comme si le temps ralentissait.  Je le vois distinctement viser, et commencer à replier son doigt sur la gâchette. Et alors, je comprends.

Je peux vivre, en fait.  Je peux survivre à ce truc, rentrer à la maison avec Felice, serrer maman dans mes bras, retrouver Pom. Aller au mariage de mon frère, le voir paniquer, et me foutre de sa gueule avant la cérémonie. Et peut-être même me marier moi-même un jour. Je peux leur dire, à ma famille, pour mes rêves de voyage et de musique, et partir les réaliser.  Retrouver mon violon et jouer, bon sang, jouer à n’en plus pouvoir, parce que mes mains à moi, elles sont pas faites pour tenir une arme, elles sont nées pour la musique.  J’ai jamais été un soldat, merde, moi, je suis violoniste. Mon rôle, c’est de faire danser les cœurs, pas de les trouer avec une balle.

Oui, je peux vivre.  Et pour ça, il suffit que je laisse ce salaud crever à ma place.

Parce que j’ai clairement pas le temps de le prévenir. Le temps de lui dire de se mettre à couvert, la balle sera déjà partie. Le seul moyen de le sauver, ce serait de m’interposer, et franchement, qui se sacrifierait pour un connard pareil ? Qui le regretterait ? Même sa famille en a marre de lui. En plus d’être imbuvable, il travaille peu et il travaille mal. C’est un boulet pour tout le monde. Peut-être même qu’en le laissant crever,  je leur rendrais bien service, tiens. Et puis qui pourrait m’en blâmer ? En plus de sauver ma vie et mes rêves, j’épargnerais à ma mère la douleur de perdre un fils, à Felice la douleur de perdre un frère, et aux quelques personnes assez bizarres pour m’aimer, celle de perdre un ami.

Et pourtant, y’a un truc que j’arrive pas à me sortir de la tête. Une scène que j’ai aperçue complètement par hasard, il y a quatre ans, près du puits de mon village. Il y avait une abeille sur un mur. Un gamin avec un seau d’eau la fixait, et c’était pas bien compliqué de deviner qu’il voulait la noyer.  Puis Luciano est passé à côté de lui, et lui a dit « fait pas le con ». Voilà, c’est tout. C’est le seul truc qui se rapproche à peu près d’un acte de bonté que je l’ai vu accomplir, et probablement l’un des seuls qu’il ait jamais fait, parce que ça reste l'un des pires enfoirés que j'ai jamais croisé dans ma vie. « Fait pas le con ».  Pour beaucoup, c’est rien. Mais j’arrive pas à l’oublier, c'est bête, hein ?
Parce que c’est ce jour-là que j’ai compris que même chez les pires des pourritures, il y avait au moins un peu de bon.

Alors je n’hésite pas, parce que de toute manière, je sais que je suis bien trop con pour m’imaginer avoir le choix. Et la balle pénètre ma poitrine.

« Souffrir en silence », qu’il a dit, l’autre emplumé dans mon rêve. Ouais, c’est ça, tu peux crever pour que je ferme ma gueule. Je tremble, je chiale, et je l’insulte, oh ça oui, j’insulte Luciano comme je n’ai jamais insulté personne. Et putain, que ça fait mal, c’est encore pire que la première fois où je suis mort, parce que là, je sais que j’aurais pu l’éviter. Que je pourrais reprocher à personne la perte de ma famille et de mes rêves, parce que c’est ma faute, cette fois, juste ma faute, même pas celle de Luciano, qu’avait rien demandé, en fait.  

Est-ce que ça va recommencer ? Felice, putain, Felice. Je veux pas te perdre, pas encore. Je t’aime, merde. Je veux pas crever, je veux pas être seul, je veux pas te laisser seul, j’ai pas envie de t’attendre encore cinquante ans, j’ai pas envie de t’attendre tout court. Et puis, d’abord, t’es où ? Pourquoi cette fois, tu viens pas me voir ? Tu m’as pas vu tomber, ou quoi ? J’ai besoin de toi, moi. J’ai besoin de toi plus que n’importe qui d ‘autre. Si ça avait été pour toi, je l’aurais laissé crevé, cet enfoiré. J’aurais même laissé crever le monde entier, et moi avec. Où t’es ? Restes avec moi, m’abandonnes pas. Ça fait mal, Feli, je saigne, c’est atroce, cette douleur. Ce connard d’austro-hongrois n’a toujours pas apprit à viser, putain, la tête, c’est pourtant pas compliqué de viser la tête. Tu veux pas me venger, tiens, et viser son estomac ?  Son agonie sera bien lente, comme ça, ça lui apprendra. Non, je rigole, même si je sais que c’est pas drôle, ça doit être la mort qui me rend cynique. C’est pas sa faute non plus après tout.  Lui aussi, il veut vivre, et il fait ce qu’il faut pour, pas comme moi. Se sacrifier pour le dernier des abrutis parce qu’il a sauvé la vie d’une abeille, je suis sacrément con. Surtout que je les aime pas, ces sales bêtes, ça bourdonne et ça pique, et j’aime ni ce qui bourdonne ni ce qui pique. Toi non plus, d'ailleurs, alors tu vas sûrement m'en vouloir.

Je suis désolé, Feli, tu sais. Tellement désolé.
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Jeu 26 Juin - 17:36
Michaël Archange Maître de la Charité




Et tandis que Romano mourrait dans son épreuve, une paire d'ailes lumineuses et blanches se déploya dans son dos. Petit à petit, son corps redevint palpable, vivant, le sang d'un Ange parcourant vivement son organisme pour faire revivre celui qui avait mérité sa nouvelle place. Quand Michaël retira ses mains du visage de l'ancien soldat, le charme se rompit aussitôt. Il examina sa nouvelle recrue avant de reprendre la parole. :

-Bienvenu parmi les Anges...

Il lui prit la main, d'une manière assez ferme pour qu'il ne se défile pas mais toujours avec tendresse. Le Maître de la Charité vérifiait si son pouvoir lui permettrait d'aider les Humains, s'il allait servir de Gardiens du Paradis ou d'Ange Gardien. Un courant électrique les parcourut alors que l'Archange lisait en lui. Il sourit. :

-Tu ne détruiras plus jamais... Tu répareras avec ta bonté.

Il lâcha sa main. Il n'avait plus qu'une chose à savoir avant de repartir. :

-Quel sera ton nom désormais ?
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Romaniel
Ange de la Charité
Jeu 26 Juin - 19:43
Soudain, la douleur disparait, remplacée par une étrange chaleur dans mon dos. J'ouvre les yeux, et ce n'est ni Luciano, ni Felice, ni même un cadavre de soldat qui me fait face ; c'est Michaël, qui me fixe et qui me souhaite la bienvenue parmi les Anges. J'ai encore les joues pleines de larmes et mon corps continue de trembler, alors j'ai du mal à comprendre. Je lève les yeux et observe confusément les alentours : plus de champs de bataille, plus d'armes, plus de soldats, plus de rafales de tirs, plus de corps sans vie. Rien que du silence et des nuages. L'autre me prend la main, et je prend alors brutalement conscience que tout ça n'a été qu'une illusion. Une putain d'illusion.

Dans d'autres circonstances, j'en aurais sûrement collé une à cet enfoiré d'emplumé, mais là, j'ai seulement l'image mon frère en tête. J'ai besoin de le voir, tout de suite, là, maintenant. Je crève encore de trouille. Je veux être sûr que ce n'était bien qu'un rêve, que je ne l'ai pas à nouveau perdu, qu'il va bien. J'ai envie de le voir, qu'il s'inquiète, qu'il me sourie, qu'il me rassure, qu'il calme mes tremblements. Bon sang, j'ai juste envie d'aller m'effondrer en larmes dans ses bras.

L'autre emplumé doit pas être si con que ça, puisqu'il me tient par la main et que s'il l'avait pas fait, je me serais barré sans attendre. Je manque alors de sursauter en sentant comme un courant électrique passer entre nous. Hé, qu'est-ce qu'il me fait, là ? Non mais tu peux me sourire, mec, je sais que t'es louche, moi. Tu m'as fait crever une deuxième fois, et ça, ça va me rester en travers de la gorge. Archange, tu parles, je vois clair dans ton jeu, t'es juste un putain de sadique.

- Tu ne détruiras plus jamais... Tu répareras avec ta bonté
, me dit alors le sadique en question en lâchant ma main.

Et là, je prend soudain conscience que cette chaleur dans mon dos, ce sont des ailes. J'ai réussi son épreuve. Je suis devenu un Ange. Merde, je pourrais plus les traiter d'emplumés, maintenant que j'en suis un aussi. Par contre, qu'est-ce qu'il veux dire, au juste, par réparer ? Détruire, en tout cas, je n'en ai pas l'intention. Plus jamais je ne prendrais la vie de quiconque. Mais je réfléchirais plus tard au sens de ses paroles. Pour l'instant, je dois juste aller voir Felice.

L'autre me demande alors mon nom. Mon premier réflexe, c'est de trouver sa question particulièrement conne. C'est Romano, évidemment, ça l'a toujours été. C'est comme ça que ma mère, mon frère, mon grand-père, et tout ceux qui me connaissent m'appelle et m'ont toujours appelés. Mais je me souviens alors qu'un sanctifié doit changer de prénom en devenant un Ange. Comme une nouvelle naissance, qu'on m'a dit. D'ailleurs, c'était pas con, cette histoire de naissance, vu que  j'étais en quelques sortes mort une seconde fois. Sauf que même si on m'avait prévenu, j'y ai pas vraiment réfléchis. Et puis, mon prénom, je l'aime bien, quand même.
Je sèche rapidement mes larmes, puis je lève les yeux vers lui.

- Votre truc à vous, c'est les noms en "iel", c'est ça ? Alors Romaniel. Ça m'évitera d'avoir l'impression de porter le nom d'un étranger.


Ça m'évitera aussi d'avoir à réfléchir à quelque chose de plus compliqué.

- Maintenant, si ça vous dérange pas...


Et même si ça te déranges, en fait.

- ...je vais aller retrouver mon frère.


Genre, tout de suite, et t'as pas intérêt à me retenir si tu veux pas que j’égratigne ta jolie gueule d'ange.
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Sam 28 Juin - 14:34
Michaël Archange Maître de la Charité




Romaniel, c'était original. L'Archange simplement hocha la tête. Il allait retrouver son frère. :

-Très bien, lui dit-il, un petit conseil avant... Évite de voler tout de suite, habitue-toi d'abord... Voilà, au plaisir de te retrouver sur le terrain d'entrainement une fois que tu seras prêt.

Il ouvrit ses quatre ailes et s'envola en souriant. Un nouvel Ange avait rejoint les rangs : Romaniel, Ange de la Charité.
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