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[Libre] Dans les rues d'Arlon

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Ven 28 Fév - 19:07
Je marchai d’un pas rageur dans la rue, prête à surmonter presque tout. J’en avais assez. Assez de cette vie trop cruelle, assez de vivre sans la moitié de moi-même.

Cette rage n’était pas n’importe quel banal accès de colère. J’avais l’impression que j’écopais de toutes les misères du monde. Une pierre sur mon chemin ? On l’y avait mise pour que je puisse me trébucher dessus ! De gros nuages s’amassaient dans le ciel ? Evidemment, il ne manquait plus qu’une bonne averse ! Le soir tombait ? Bien sûr, pour que je puisse mieux me perdre dans ces rues !

Si le monde était si peu accueillant, alors pourquoi certains semblaient-ils s’en contenter ? Maman, par exemple, avait fait son deuil. Elle pleurait encore la mort d’Hallanah, mais n’en faisait pas comme moi, la fin du monde. Papa, quant à lui, me semblait tellement concentré sur sa rééducation qu’il n’y avait peut-être même pas pensé.

Je shootais violemment dans un caillou. Pourquoi exactement étais-je en colère ? La réponse était évidente. Maman m’avait encore proposé d’aller voir un thérapeute. Elle m’avait une nouvelle fois sorti : « Ca t’aidera à avoir moins mal. » Mais je ne veux pas cesser de souffrir ! Hallanah méritait – et mérite encore – qu’on pleure sa mort.

Pourtant, ce n’était pas ma principale raison, je l’avoue. En fait, je m’étais laissé convaincre une fois. A ma première séance, il m’avait dit : « Il faut voir le bon côté des choses ». Je suis partie et ne suis plus jamais revenue.

Le bon côté des choses ? Ma sœur était morte, mon père était handicapé à vie et ma mère se démenait pour nous en sortir tant bien que mal. La vie était curelle, et sans autre issue qu’une mort tout aussi curelle. Voilà la vérité.

Comme je me faisais cette constatation je levai la tête… et remarquai que je ne connaissais pas cette partie de la ville. Je me laissai tomber par terre, sur mes genoux. J’étais perdue. Complètement perdue.

Autant mentalement que physiquement. Et j’avais intérêt à rapidement retrouver le droit chemin.

Je levai la tête vers le ciel, attendant peut-être qu'il me guide.

Au lieu de l'aide que je cherchais, je ne reçus que les premières gouttes d'une averse naissante.
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Saphiel
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Dim 23 Mar - 11:29
Cela faisait quelques fois que je retournais sur Terre, sans rien avoir de particulier à y faire. J'avais enfin réussi à me familiariser, après beaucoup d'efforts et l'aide de Gabriel - et de ma rencontre avec Messiel, également - avec ma nouvelle nature d'Ange. J'arrivais à me servir de mes pouvoirs, et à manier ma lance... sans trop de catastrophes, pour voir le bon côté des choses. Peut-être un jour, arriverai-je à intégrer pleinement les paroles que le Séraphin m'avait adressées. Je l'espérais, du moins...

A partir de ce moment-là, j'avais demandé à mon Archange la permission de retourner sur le monde terrestre. Ce qui avait été mon monde pendant toute ma vie précédente... m'était devenu complètement étranger. Je ne savais plus rien de lui, puisque tout, ou presque, avait changé depuis mon époque. Oh, j'avais bien tenté de me tenir au courant, bien évidemment... Mais cela n'était certainement pas suffisant. Loin de là, même...

Alors je n'avais pas vu d'autre possibilité que d'y faire plusieurs longues promenades, pour intégrer tous ces changements... et être capable de faire face à ma Mission lorsque je finirais par en avoir une. J'étais retourné en France la première fois. Pas là d'où je venais, mais dans mon pays, tout de même. Et ce que j'avais vu m'avait presque terrifié. Toute cette technologie, cette vitesse, cet anonymat de foule...

J'avais mis plusieurs jours avant de me décider à y retourner. Et peu à peu... En allant dans différents pays... J'avais réussi à dompter ma peur. A la dissiper progressivement. Je continuais à ne pas apprécier nombre de choses que je voyais, préférant le calme et la convivialité de mon ancien monastère... Mais j'acceptais que les temps avaient changé, et que, si certaines choses s'étaient, à mes yeux, détériorées, bien d'autres s'étaient améliorées.

Ce jour-là, j'avais décidé de me rendre en Belgique, sans avoir particulièrement de raison d'aller là bas. Mais j'aimais varier mes lieux de promenade, pour mieux connaître l'ensemble de la Terre. J'avais pris soin de prendre une apparence parfaitement humaine, délaissant même les longues tuniques que j'affectionnais pour mettre des habits plus communs et ne pas attirer l'attention.

C'est alors que je marchais dans les rues de la ville où j'étais arrivé que je la vis. Une jeune fille, devant moi, qui levait la tête vers le ciel avant de tomber à genoux. Je ralentis le pas, surpris et immédiatement inquiet. Quelques autres personnes passaient, mais sans lui prêter attention, comme si cela était normal...

Quelques gouttes commençaient à tomber alors que je me dirigeai vers elle, elle qui regardait le ciel. La nuit s'approchait, ce qui me faisait me soucier un peu plus de cette inconnue qui semblait perdue. Un doux sourire flottant sur mes lèvres, je m'arrêtai devant elle.


"Mademoiselle ? Je suis navré de vous déranger si je me trompe, mais... Avez-vous besoin d'aide ? Un orage se prépare, vous devriez vous mettre à l'abri avant que la pluie ne redouble..."

Personnellement, je ne craignais pas la pluie. J'avais l'habitude de travailler dehors quel que soit le temps, et, en dehors de la grêle, j'avais appris à aimer les gouttes d'eau ou les flocons de neige. Aussi, si cela n'avait tenu qu'à moi, je serais resté à marcher dans les rues, quitte à me tremper complètement. Mais en l'occurrence, il était plus important d'aider, si je le pouvais, la jeune fille effondrée que j'avais en face de moi.



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Mar 8 Avr - 6:56
La première pensée qui traversa mon esprit en voyant qu’il allait pleuvoir fut que je devrais peut-être me mettre à l’abri avant d’être trempée jusqu’à l’os. La seconde fut que, si ma défunte sœur avait été là, nous aurions couru sous la pluie jusqu’à ce qu’elle s’arrête et joué dans les flaques d’eau. Nous adorions la pluie. Eau venue du ciel, cadeau de la vie… pourquoi la haïr alors qu’elle semblait si bienfaisante ? La troisième, en conclusion, fut que j’allais rester là. Me rappeler à quel point Hallanah et moi étions heureuses. Puis ouvrir les yeux et découvrir qu’elle n’était pas là. Pleurer. La routine, quoi.

-Mademoiselle ? m’interpella une voix.

Je levai brusquement la tête, sur mes gardes. Était-ce un hurluberlu comme il en existait tant dans les rues ? Ce genre de personnes qui faisait mine de m’aider pour venir retourner le couteau dans la plaie ? Dans ce cas, peut-être devrai-je le rabrouer et m’en aller pleurer ailleurs ou déverser sur lui toute la colère et la peine que je retenais en moi ? Mais je me trompais peut-être : il pouvait aussi s’agir de quelqu’un de plus mauvais encore, un kidnappeur, un tueur, ou autre. Après tout, j’étais une jeune fille, seule, dans le noir, dans une ville passablement grande. Une victime idéale.

Une partie de moi me souffla qu’il voulait peut-être simplement m’aider, puisque j’avais l’air vraiment perdue et en détresse. Pourtant, il m’était impossible d’envisager cela. Personne ne voulait aider une pauvre fillette. Personne. J’étais au désespoir, mais qui s’en souciait ? Mes proches se contentaient d’espérer que je change de comportement, que je devienne plus sociable. S’étaient-ils un seul instant demandé ce que moi je ressentais et désirais ? Comment pouvais-je croire alors qu’un parfait inconnu m’aborde dans la rue pour m’aider ?

-Je suis navré de vous déranger si je me trompe, mais… Avez-vous besoin d’aide ?, demanda-t-il, me détrompant lourdement.Un orage se prépare, vous devriez vous mettre à l’abri avant que la pluie ne redouble…

Je le jaugeai. Il avait l’air du commun des mortels. Pourquoi s’inquiétait-il pour moi alors que les quelques autres passants ne me jetaient même pas un coup d’œil, indifférents à ma détresse ? Je me demandai un instant si j’allais décamper pour qu’il me laisse tranquille. Pourtant, je choisis finalement de rester là. J’avais l’air en piteux état, surtout à présent que la pluie commençait à plaquer les cheveux contre mon visage, mais peu importait. Il n’y avait qu’une personne dont le jugement comptait à mes yeux, et elle était morte.

-De tous les maux qui m’affligent,murmurai-je en réponse, sachez que la pluie est le moindre. J’ajouterais même que ça ajoute du positif à mon existence en ruines.

Je soupirai. Je sentais les larmes poindre à mes paupières. Était-ce parce que j’avais eu une enfance euphorique que mon adolescence était aussi cruelle avec moi ? Je sentis soudain une haine sans borne m’envahir. Une haine envers personne en particulier. Envers le ciel, le destin. Moi-même peut-être ? Je n’aurais su le dire. Je m’emparai d’un caillou trainant par terre et le jetais dans le lointain. Il passa juste à côté de mon interlocuteur, mais l’aurait-il même touché que je n’y aurais pas prêté attention.

-Pourquoi le monde est-il aussi cruel avec moi ? hurlai-je sans trop savoir si je m’adressai encore à l’inconnu – qui, de peur de ma folie apparente, devait sans doute parti – ou au monde en question, attendant une réponse qui, je le savais, ne viendrais jamais.Je n’ai rien fait… rien fait pour mériter qu’elle me soit arrachée… J’aurais dû être à sa place ce jour là…

Ce jour-là. Je fermai les yeux. L’accident qui avait eu lieu m’avait arraché la moitié de moi-même. Aurais-je eu envie que ma sœur soit à ma place ? La réponse vint d’elle-même : non, bien sûr. J’étais vivante, et je devais souffrir sa perte. C’était un destin bien trop cruel, et je ne pouvais pas le lui souhaiter. Je sentis de nouveau le désespoir me prendre à la gorge. Je me fis vaguement la réflexion que j’allais me donner en spectacle, mais qu’importe ? Je n’étais plus qu’à moitié vivante. Un corps survivant pour un esprit qui se dépérissait peu à peu.

Je plongeai la tête dans mes mains et me mis à pleurer.
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Saphiel
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Dim 13 Avr - 9:04
Elle... ne semblait pas vouloir de mon aide. Son regard me faisait me sentir mal à l'aise, comme si j'étais un intrus qui venait perturber ce qu'elle était en train de faire. Ou comme si elle se demandait ce qui m'avait poussé à lui adresser la parole, ou quelles étaient mes motivations secrètes pour avoir osé faire une chose aussi incroyable.

Face à cela, je sentis une pointe de tristesse m'envahir. De tristesse et de nostalgie. Etait-il devenu si rare que les gens s'inquiètent de leur prochain ? Etait-ce si incroyable que je vienne ainsi voir si elle avait besoin de mon aide ? J'avais bien constaté que personne d'autre que moi n'avait réagi, mais... Mais ce type de comportement s'était généralisé au point que le mien semble... incongru, déplacé ?

Décidément... Tout n'était pas agréable, dans ce monde où je ne retrouvais pas grand chose de celui où j'avais vécu. Nous souffrions, nous avions faim et froid, mais nous n'étions pas seuls... Pas comme semblaient l'être une bonne partie des hommes que j'avais approchés. Oh, il y avait eu de grandes améliorations, je ne le niais absolument pas. Mais dans l'immédiat, j'étais attristé par l'individualisme qui semblait être devenu leur loi.

Et cette jeune fille, qui semblait si triste, si désespérée... Si jeune... Qu'avait-il donc pu lui arriver pour qu'elle considère que son existence était en ruines ? Qu'avait-elle pu vivre de si grave, au milieu de son confort ? De si douloureux qu'elle venait pleurer au milieu de nulle part ?


"Je ne crois pas que tomber malade puisse ajouter du positif à une existence, quels que soient les malheurs qu'il nous faut y affronter..." répondis-je doucement, ne voulant pas l'abandonner à elle-même dans cet état.

Elle ne semblait pas vouloir de mon aide, mais je ne pouvais pas tourner les talons et l'abandonner ainsi, je ne le pouvais tout simplement pas. Elle avait besoin de moi, et je me devais d'insister, puisqu'elle ne semblait vraiment pas aller bien.

Sauf qu'elle... me jeta un caillou dessus. Enfin, presque, il me rata, mais sa main avait lancé cette pierre dans ma direction. Mon expression prit encore quelques degrés de tristesse à ce geste. Qu'avais-je fait pour qu'elle agisse ainsi ? Qu'avait-elle vécu pour être ainsi poussée à faire du mal à ceux qui lui proposaient leur aide... ?

Ses paroles m'en apprirent un peu plus. Elle avait perdu un être, un être très cher. Et elle en souffrait assez pour avoir des gestes aussi incohérents que celui-ci, elle en souffrait assez pour hurler cette souffrance sous la pluie, dans une rue, entourée d'inconnus. Puis elle se mit à pleurer, recroquevillée sur elle-même, offrant un spectacle assez pitoyable...


"Permettez-moi d'insister une nouvelle fois, mademoiselle, repris-je, mais sans m'approcher pour ne pas risquer de me prendre une nouvelle pierre.Vous devriez vraiment chercher un abri ou rentrer chez vous. Par ce temps-là, personne ne devrait rester dehors sans raison, et sans bouger, vous allez tomber malade. Quoi que vous ayez vécu de douloureux, ce n'est pas en vous faisant du mal ainsi que cela va changer, vous savez... ?"

Tout en parlant d'une voix douce, j'avais envoyé vers elle une petite vague d'apaisement, espérant que mon pouvoir parvienne à adoucir la peine qui rongeait son coeur.



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Lun 14 Avr - 14:42
J’avais conscience d’être pitoyable, et pour tout dire, je détestais ça. Je me haïssais, à l’instant. Faire preuve d’une telle faiblesse, être incapable de maitriser ses émotions… Ma sœur était morte, mais aurait-elle voulu que je sois aussi triste ? Aussi désespérée ? J’étais certaine que non. Elle aurait voulu que je me souvienne d’elle, oui, mais que je sourie chaque fois que j’imaginais son visage. Pas que mon cœur se serre aussi douloureusement et que mes larmes coulent le long de mes joues. Pas que je reste sous la pluie, dans le noir, au milieu de nulle part.

Soudain, l’inconnu me parla. Je levai les yeux vers lui, surprise qu’il soit encore là, tout en essuyant mes larmes, qui furent bientôt remplacées par des gouttes de pluie. La plupart des gens qui m’auraient approchée – une grande minorité de ceux qui m’auraient vue – seraient certainement partis sans demander leur reste. Surtout que… J’écarquillai les yeux, le remords me serrant soudain le cœur, annihilant en partie ma peine. Lui avais-je lancé une pierre ? J’ignorais si elle l’avait touchée ou pas, mais c’était bien dans sa direction que je l’avais jetée. Je remarquai qu’il n’avait pas l’air blessé, même s’il gardait une distance prudente.

-Je vous ai blessé ? demandai-je d’une petite voix. Je suis désolée, tout me semble si sombre, si confus. Je ne réfléchis plus à ce que je fais. Je ne suis pas en colère contre vous, juste… contre la vie, sans doute. Vous comprendrez peut-être, si vous avez perdu la moitié de vous-même.

Je me sentais un peu mieux, assez tout du moins pour ne pas m’écrouler de nouveau en larmes, comme si ses mots – et peut-être son ton à la fois doux et triste – avaient eu le pouvoir d’enlever une partie de ma peine. La gentillesse de mon interlocuteur me touchait, en tout cas. Il s’inquiétait que je tombe malade ? Je le regardais des pieds à la tête en grimaçant. Il ferait mieux de se préoccuper de lui-même.

-En tout cas vous êtes mal placé pour me donner la leçon, murmurai-je d’une voix lointaine, dépourvue de toute acidité. Je vous signalerais que vous aussi devriez chercher un abri, ou rentrer chez vous, et que vous restez aussi immobile que moi. Et aussi étrange que cela puisse paraitre la peine réchauffe, dans le sens où elle oblitère les sensations.

Je sentis un frisson me parcourir. Apparemment, la pluie s’était infiltrée jusque sous mes vêtements, glaçant ma peau. Un souffle d’air froid me transperça. Tant que j’étais occupée à pleurer, je n’avais peut-être pas senti à quel point il faisait glacé, mais à présent, ça me sautait au visage. Il avait raison, si je restais ici, j’allais tomber malade. Je jetai un coup d’œil autour de moi. J’étais perdue. Lentement, je me levai en frottant mes bras. Quelle folie de ne pas avoir pris de manteau en partant de chez moi !

-Vous avez raison, mais me faire mal physiquement me permet de cesser de souffrir là, ajoutai-je en mettant une main sur mon cœur. Ou en tout cas d’oublier pendant quelques instants à quel point j’ai mal. Enfin, je suppose que je devrais… rentrer chez moi maintenant. Encore une fois, je suis vraiment désolée de vous avoir lancé cette pierre.

Je regardai autour de moi en me mordant la lèvre, frissonnant une nouvelle fois. Décidément, pas moyen de me repérer. Je grimaçai. Hallanah, ma sœur, aurait trouvé le chemin. Elle m’aurait indiqué la direction et nous aurions couru sous la pluie. Nous nous serions ensuite blotties dans nos couvertures, tout contre le radiateur, tandis que notre mère nous aurait préparé un délicieux chocolat chaud tout en faisant mine de nous gronder pour être resté si longtemps sous un tel déluge. J’eus un serrement de cœur à ce souvenir, mais refoulai mes larmes. J’avais déjà assez pleuré, et si je me remettais à sangloter, mon généreux sauveur choisirait peut-être cette fois-ci de fuir.

Je me tournai de nouveau vers mon interlocuteur. J’avais cessé de me méfier de lui. Il me paraissait tellement sincère, tellement envieux de m’aider. J’avais presque envie de me jeter dans ses bras et de le remercier de ne pas être passé à côté de moi comme tous les autres. J’avais enfin l’impression que quelqu’un s’intéressait à ce que je pouvais ressentir. Depuis la mort d’Hallanah, je me sentais seule, et vide. Les rares personnes à qui je m’adressais ne semblaient pas m’écouter, ou pas vouloir m’aider. Lui paraissait se préoccuper de moi sans me connaitre, et sans rien attendre en retour.

-Mais… je crois que je suis perdue, terminai-je en passant d’un pied sur l’autre, mal à l’aise de ne pas m’y retrouver dans ma propre ville.

J’eus soudain l’espoir fou qu’il ne connaissait pas la ville, et qu’il ne pourrait pas m’aider à rentrer chez moi. J’avais envie de lui parler de tout et n’importe quoi, de profiter à nouveau de sa gentillesse, d’être écoutée. De cesser d’être aussi seule. Je grimaçai de nouveau, remarquant avec une certaine ironie que la seule personne avec qui je voulais rester était un inconnu.

Mais peut-être était-ce parce que parmi tous les autres, aucun ne voulait être avec moi ?
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Saphiel
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Jeu 17 Avr - 11:10
Si j'avais perdu la moitié de moi-même, je comprendrais... ? Je détournai le regard à ses paroles, l'espace d'une seconde. C'était bel et bien une perte qui la mettait dans cet état... Une personne qui avait été assez importante pour elle pour la briser à ce point. C'était assez... difficile à concevoir pour moi. Je n'avais pas été enlevé dans un tel culte de la personnalité, ce devait être pour ça. Puisqu'après tout, j'avais perdu la personne qui était la plus importante pour moi.

Le Père Daniel était mort dans mes bras, mort sans que je ne puisse rien faire pour lui, rien de plus que tout ce que j'avais fait pour le décharger et lui rendre la vie le plus agréable possible jusqu'à la fin. Mais qu'une mort soit violente ou naturelle, que ce soit un accident ou la vieillesse qui emporte les êtres... Je ne comprenais pas que l'on s'en afflige autant. La mort était partie intégrante de la vie, et nous devions pleurer nos morts, mais non souffrir pour eux...


"Non, vous ne m'avez pas blessé, ne vous inquiétez pas. Et... J'ai perdu quelqu'un... qui était mon mentor et mon bienfaiteur à la fois, et sans qui ma vie serait peut-être devenue un cauchemar. Mais être en colère contre l'existence n'est pas la meilleure des solutions pour exprimer sa peine. Surtout que cet être que vous avez perdu voudrait, à mon avis... être heureux de vous voir toujours en vie."

Que pouvais-je vraiment dire pour la consoler, en ignorant tout de qui elle était et de ce qu'elle vivait ? Que pouvais-je dire, que pouvais-je faire pour quelqu'un qui refusait selon toute évidence mon aide ? Au moins n'était-ce pas pour me faire du mal qu'elle avait jeté cette pierre dans ma direction, vu sa question.

Je m'apprêtais à m'approcher d'elle lorsqu'elle reprit la parole... Pour me faire des reproches. Pour me reprocher de ne pas m'abriter de la pluie ? Mais si je restais immobile à côté d'elle, c'était uniquement pour essayer de l'aider... Sa douleur l'aveuglait-elle à ce point ? Oh, je ne cherchais pas de reconnaissance en aidant les autres, mais si elle continuait à me repousser... Si elle ne voulait pas être aidée...


"C'est gentil à vous de vous soucier de moi, mais j'ai vécu à la campagne, j'ai l'habitude des intempéries. Ce qui ne semble pas être votre cas, surtout si vous envisagez la pluie comme une forme de mortification."

Heureusement, elle finit par se décider à rentrer chez elle, se relevant. Ma venue dans cette ville n'avait pas été totalement inutile, si je pouvais l'aider à se reprendre et ne pas tomber malade... Je m'approchai d'elle, faisant par contre une légère grimace lorsqu'elle avoua être perdue.

"Oh... Si vous me dites dans quel quartier vous habitez, je peux peut-être essayer de vous aider à demander votre chemin, mais... Je ne suis pas d'ici, alors je crains de ne pas vous être d'une grande utilité... Sinon, je vois des halles un peu plus loin, nous pouvons y aller pour attendre un moment et voir si l'averse se calme."



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Dim 20 Avr - 8:03
J’étais étrangement soulagée qu’il ait bien. Une nouvelle fois, je me maudis de cet accès de rage. Avais-je pu me perdre dans ma douleur au point de ne même plus me rendre compte de mes actes ? Apparemment oui. J’aurais pu blesser quelqu’un, même si par bonheur rien ne s’était passé cette fois-ci. Mais que ferais-je la prochaine fois que je m’abandonnerais ainsi à ma peine ? Quelque chose d’encore plus dangereux ? Je frissonnai à cette idée, autant que du froid qui s’infiltrait jusqu’à la moelle de mes os.

Alors lui aussi avait perdu quelqu’un ? Voilà qui me le rendait plus sympathique, même s’il n’avait pas l’air d’éprouver pour cette perte la souffrance que je ressentais à ne plus avoir Hallanah à mes côtés. Peut-être avait-il fait son deuil ? Après tout, je ne pouvais que tomber d’accord avec ses paroles. Ma sœur aurait sans doute voulu que je sois heureuse même après sa mort. C’est ce que j’aurais espéré pour elle. Pourtant, je ne parvenais pas à empêcher mon cœur de se serrer chaque fois que je pensais à elle.

-Je ne parviens pas à ne pas être triste quand je me rappelle… qu’elle n’est plus à mes côtés…, murmurai-je. J’ai connu le bonheur parfait… et il m’a été enlevé, cruellement. Comment voulez-vous que je réagisse autrement qu’en haïssant l’existence pour ce qu’elle m’a fait, même si je conçois que c’est loin d’être une solution ? Ma raison sait que ma peine est insensée. Mon cœur lui se serre chaque fois que je pense à elle, autrement dit, très souvent.

Alors il trouvait gentil que moi je me soucie de lui simplement parce que je lui faisais remarquer qu’il restait sous la pluie ? Je ne trouvais rien à répondre. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de penser que s’il trouvait gentil mes paroles dépourvues de tact, alors comment devrais-je réagir à ses actions ? J’étais extrêmement reconnaissante envers lui de ne pas m’avoir laissée seule au beau milieu de la rue. Devrais-je lui dire ? Je n’avais pas vraiment l’habitude de remercier les autres. En fait, ils ne me rendaient que rarement service, surtout ces derniers temps.

Lorsque j’avouai être perdue, il eut une grimace, et je rougis de plus belle. Oui, j’étais perdue dans ma propre ville, incapable de retrouver mon chemin. En fait, c’était mieux ainsi : je n’avais pas envie de rentrer chez moi et de retrouver cette ambiance morne qui caractérisait désormais ma maison. Heureusement, mon sauveur n’était pas d’ici – ce qui ne manqua pas de me soulager. Lorsqu’il indiqua les halles, j’acquiesçai du chef.

-C’est une bonne idée, répondis-je. Allons-y.

Peut-être devrais-je le remercier ? Je n’en avais pas l’habitude, mais ce n’était pas une raison pour rester muette. Je pris une profonde inspiration pour me donner du courage : j’avais un peu peur d’avoir l’air ridicule. Une partie de moi me poussa à me lancer, se disant que de toute façon, il m’avait vue pleurer, rager, me plaindre de l’univers, et savait que j’étais perdue dans ma propre ville. Je ne pouvais pas trop avoir l’air encore plus stupide.

-Au fait, merci beaucoup, murmurai-je en me tournant vers lui. Je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un vienne m’aider mais… sachez que ça fait du bien de ne plus être seule. Depuis la mort de ma sœur, j’ai l’impression que je ne suis plus qu’une ombre que tout le monde ignore. Un fantôme. Enfin… Merci d’être venu m’aider.

Je me mordis la lèvre inférieure. Etais-je tellement mal que je venais vraiment de livrer mes états d’âme à un inconnu ? Apparemment oui. Je remarquai soudain qu’il devait s’ennuyer au plus haut point et ne songer qu’à retourner chez lui. La vie des autres n’avait souvent pas la moindre importance, et la mienne encore moins, sûrement. Pourtant, je n’avais pas pu m’en empêcher. Les mots coulaient d’eux-mêmes, comme s’ils avaient besoin d’être dits. Mais y aurait-il seulement quelqu’un pour les écouter ?
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Saphiel
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Ven 25 Avr - 11:07
Son murmure me fit pousser un bref soupir. Un soupir qui ne portait pas de traces de lassitude ou de réprobation. Je n'avais jamais jugé les autres, je ne m'en estimais pas digne, et je n'allais pas commencer maintenant. Et certainement pas avec cette jeune fille accablée de douleur. La souffrance pouvait faire avoir des comportements bien irrationnels...

"Je ne dis pas que la peine d'une perte tragique peut s'effacer, disparaître et nous laisser vivre comme précédemment. Mais la mort... est le lot des humains. Nous devons pleurer ceux qui nous sont chers, ne pas les oublier et rester fidèle à leur souvenir. Mais cela ne veut pas dire que nous devons sacrifier notre vie pour eux. Entre l'affliction d'une perte et la haine de la vie, il y a un pas qu'il ne faut pas franchir."

Je souris doucement, espérant que mes paroles ne lui paraitraient pas trop sévères. Je n'avais pas encore bien l'habitude des conceptions de cette nouvelle époque. La mort était si courante pour moi, elle faisait presque partie de la vie quotidienne des gens... J'avais souffert de ces trépas, bien sûr. J'avais pleuré, j'avais prié pour leur salut.

Mais jamais je n'en avais conclu que l'existence était cruelle, jamais je n'avais sombré dans pareil... désespoir. Peut-être... était-ce aussi cela qui avait fini par faire de moi un Ange de l'Espérance ? Parce que je ne me laissais pas submerger par les malheurs qui m'arrivaient, parce que je continuais toujours à avoir un regard optimiste sur l'avenir...

Peut-être bien, oui. Et peut-être qu'effectivement... Qu'effectivement, j'étais à ma place en tant qu'ange. Si je pouvais aider les humains qui souffraient, comme cette jeune fille... Cela me faisait une raison de plus d'accepter ma nouvelle condition. De l'accepter pleinement. Le bonheur de ces hommes et de ces femmes était une cause suffisante pour que je me batte de toutes mes forces.

Lorsqu'elle accepta ma proposition de rejoindre les halles pour nous y abriter, je m'y dirigeai, essorant ma longue chevelure juste avant d'y entrer, pour éviter de tremper le sol outre mesure. Il n'y avait presque personne sous ces arcades. Un couple un peu plus loin, qui regardait la pluie tomber, et quelques passants qui s'y arrêtaient le temps d'ouvrir leur parapluie...

Puis la jeune fille reprit la parole, me faisant tourner à nouveau le regard vers elle. Pour me remercier de lui être venue en aide. Avec un certain malaise, visiblement. Un doux sourire revint sur mes lèvres, et je hochai lentement la tête en la regardant.


"Je vous en prie, ce n'est rien. Il est normal, à mes yeux, de venir en aide à ceux qui en ont besoin. Je peux comprendre que, privée de l'affection de quelqu'un qui vous était très proche, vous ayez l'impression que personne ne vous comprend ou ne fait attention à vous... Mais je pense que c'est en partie faux.

J'espère que vous ne trouverez pas que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais... Autour de vous, vous trouverez certainement de l'affection. Votre soeur et vous n'étiez pas seules au monde, n'est-ce pas ? Ceux qui l'ont connue, qui l'ont aimée ont dû souffrir également de sa mort. Ne laissez pas les larmes que vous versez vous séparer. Même si vos souffrances n'ont pas la même intensité, vous pouvez la pleurer ensemble... Et vous aider mutuellement à aller de l'avant.

Aller de l'avant n'est pas trahir nos souvenirs, trahir notre vie passée et ceux que nous avons connus et aimés. C'est continuer à vivre... en se disant que ceux que nous avons perdus seraient fiers de nous voir ainsi, de voir ce que nous faisons et ce que nous disons.

Vous n'êtes pas invisible, mademoiselle. Et si moi, un parfait inconnu, je peux vous remarquer, vous aider et même compatir à votre douleur... Je suis certain que vous trouverez d'autres personnes pour cela."


Je me rendis alors compte que j'avais monopolisé la parole un moment, et j'eus un petit rire gêné.

"Oh, pardon, je ne voulais pas donner l'impression de vous faire un sermon... Au fait, je m'appelle Saphiel. Et vous ?"



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Dim 4 Mai - 13:32
Je clignai des yeux à ses paroles. Pouvais-je conserver le souvenir de ma sœur, la pleurer, sans sacrifier ma vie à elle ? Je n’en étais pas sûre. Jusqu’à présent, elle avait été ma vie. La perdre avait été pour moi un véritable déchirement. D’ailleurs, ça l’était toujours. Sinon je ne me serais pas retrouvée perdue dans ma propre ville en plein milieu de la nuit, à discuter avec un étranger. Pourtant, malgré tout ça, je tombai d’accord avec lui. Que je sois triste de l’avoir perdue – que je sois même totalement désespérée de ne plus l’avoir à mes côtés – ne me permettait pas de haïr cette vie qui m’avait été offerte.

-Sans doute, répondis-je pourtant, légèrement dubitative, avec une moue mi-figue, mi-raisin. Mais il suffit que la perte soit énorme pour que la distance entre la peine et la haine diminue jusqu’à disparaitre.

Nous nous abritâmes. Je le vis essorer ses longs cheveux et je fis de même avant d’entrer. Je lançai un regard vide autour de moi, remarquant seulement que quelques autres personnes en avaient aussi profité. Je n’avais pas l’habitude de m’attarder sur les autres. A quoi bon, d’ailleurs ? Pour voir leurs regards méprisants ? Emplis de pitié ? Condescendants ? Je préférais encore observer le sol. Je soupirai. Lorsque ma sœur était encore à mes côtés, je marchais la tête haute, riant à gorge déployée sans me soucier des regards d’autrui. Mais les temps avaient bien changés, et je devrais probablement m’y faire un jour ou l’autre. L’autre, de préférence.

Lorsque je le remerciai, mal à l’aise, je m’attendais à ce qu’il éclate de rire. Au lieu de ça, il sourit. Pas de façon moqueuse, comme j’aurais pu le prévoir. C’était simplement… sincère. Je m’attendais tellement à ce qu’il devienne soudain méprisant que je ne sus trop comment réagir. Surtout lorsqu’il se mit à parler en me regardant dans les yeux. Depuis la mort de ma sœur, j’avais l’impression de ne voir que regards détournés ou faussement affligés. Cela me surprit tellement que je mis un moment avant de suivre à nouveau la conversation.

J’avais l’impression que personne ne me comprenait ou ne faisait attention à moi ? Mais ce n’était pas qu’une impression ! Devrai-je prendre pour de l’intérêt la façon dont ma mère s’énervait toujours sur moi, sans motif particulier ? Ou celle dont mon père m’ignorait, totalement concentré sur sa réadaptation ? Ou encore la désertion des filles que je pensais être mes amies ? Certaines personnes pouvaient sûrement comprendre ce que je vivais, mais nul ne s’en souciait. Je n’étais qu’un humain parmi sept milliards. Je n’avais pas d’importance.

D’autres avaient pu aimer ma sœur, oui. Mais tous avaient fait leur deuil, ou du moins la plupart. La vie continuait pour eux. Le monde tournait encore. Pour moi, il s’était arrêté lorsque j’avais appris l’accident. Que j’avais compris que plus jamais nous ne pourrions rire et jouer ensemble. Plus rien n’avait de goût, d’importance ou de sens. Tout me paraissait fade depuis cet instant. Et puis… partager ma peine avec quelqu’un serait comme trahir ma sœur, donner à quelqu’un d’autre ce qui n’appartenait qu’à elle seule. Je ne m’en sentais pas capable.

J’étais prête à répliquer tout ça, mais ses deux dernières répliques me laissèrent sans voix. Ma sœur aurait-elle préféré que je devienne un lambeau d’être-humain, incapable de sourire, par sa faute ? Non, je le savais. Elle voudrait me voir redresser la tête, vivre malgré tout… et être heureuse. En étais-je seulement capable ? Je n’eus pas à me poser longtemps la question : pour elle, je me sentais apte à tout faire. Y compris sourire alors que sans elle je me sentais à moitié morte.

Il ajouta que je n’étais pas invisible – et même si j’en doutais, ces paroles me firent chaud au cœur. Après tout, n’avait-il pas, encore une fois, raison ? Je ne le connaissais pas, et il était venu, sans raison particulière, pour me consoler. De quoi serait capable quelqu’un qui était autrefois proche de moi ? Je trouverais sans doute d’autres âmes solidaires capables de me faire sourire. Enfin… si je gardai cette volonté de cesser de me lamenter inutilement.

Il eut un rire gêné comme s’il était ébahi par ses propres paroles. Une nouvelle fois, j’en fus surprise : il m’avait paru tellement à l’aise lorsqu’il m’avait abordée… Peut-être ne s’attendait-il pas à parler autant…

-Oh, pardon, je ne voulais pas donner l’impression de vous faire un sermon… Au fait, je m’appelle Saphiel. Et vous ?

-Ombeline, répondis-je avec un léger sourire. Et vous ne m’avez pas donné cette impression. Même si je n’ai pas été d’accord avec tout ce que vous avez dit. Premièrement, ce que vous avez fait pour moi n’étais pas rien. Je serais peut-être restée dans la rue toute la nuit si vous n’étiez pas intervenu, à pleurer en vain pour qu’elle revienne.

« Deuxièmement, je n’ai pas beaucoup d’importance… Je ne suis qu’un être-humain parmi tant d’autres. Rien de très passionnant. Personne, à part les gens particulièrement altruistes, comme vous, ne s’intéresse à moi. Mais ça n’a pas d’importance. Au fond, il est vrai que ma sœur ne voudrait pas me voir malheureuse. Je devrais peut-être faire un effort pour essayer… d’aller de l’avant. »

« Au fait, si ce n’est pas un peu impoli… qu’est-ce que vous venez faire à Arlon ? »


La pluie continuait de tomber – à mon grand soulagement, puisque je ne voulais pas rentrer chez moi – et je ne tenais pas à m’étaler en long et en large sur le sujet de la mort de ma sœur. Penser à elle me serrait le cœur. Parler d’elle me donnait envie de pleurer. Et puis, j’en avais déjà bien assez dit sur moi ! Si je continuais, bientôt, cet étranger – Saphiel – connaitrait tout de ma vie.

-Et puis… qu’est-ce qui vous a poussé à me venir en aide ? Au lieu de me contourner prudemment, comme tous les autres ? ajoutai-je, réellement curieuse d’avoir la réponse à cette question.

Qu’avait-il de différent pour ne pas avoir pris avec moi une attitude condescendante, comme j’en avais l’habitude ?
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Saphiel
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Jeu 8 Mai - 12:55
Ses paroles, accompagnées par son soupir, me firent de la peine, même si je tentai de n'en rien laisser paraître. Croire que la tristesse et la haine pouvaient se confondre... Oui, à mes yeux, c'était triste. Un deuil ne devait pas déboucher sur un sentiment aussi négatif que la haine, à mes yeux. Se mettre à haïr l'existence parce que quelqu'un l'a quittée...

"Je pense que c'est faux. Sincèrement. La détresse et la haine sont deux choses différentes, réellement. Mais parfois, lorsque la peine est intense... Il est plus facile de verser dans la haine, pour ne pas se contenter de faire face à la douleur. Mais ce n'est pas une solution. Vous savez... Haïr l'existence revient également à haïr la vie que vous avez menée précédemment. Vous ne pouvez pas séparer votre passé de votre présent."


Une fois à l'abri, je ne pus m'empêcher de lui faire un grand discours qui... s'approchait d'un sermon, comme j'avais l'habitude d'en faire lorsque j'étais encore à l'abbaye. Mais heureusement, elle sembla ne pas le prendre trop mal. Loin de là, même, puisqu'elle se présenta à son tour en arborant un sourire. Un mince sourire, mais un sourire tout de même.

Je me passai une main dans les cheveux, gêné, lorsqu'elle me déclara que ce que j'avais fait n'était pas rien. Quelle époque, pour que simplement s'arrêter auprès d'une personne en détresse et tâcher d'apaiser sa peine soit quelque chose d'aussi rare... Quelle époque... Ils avaient fait d'incroyables progrès depuis ma mort, mais je restais persuadé qu'ils y avaient perdu, également, par certains côtés...


"Alors je suis d'autant plus heureux d'avoir pu vous venir en aide, mademoiselle Ombeline, déclarai-je en premier lieu, avant de répondre à la question qu'elle m'avait posée. Je ne faisais rien de particulier. J'aime bien visiter de nouveaux lieux que je ne connais pas. Je me doute que cela doit vous paraître étrange, mais je n'avais réellement pas de raison particulière de venir dans votre ville."

Puis elle me posa une question qui m'attrista à nouveau. Mon regard se perdit dans le vide pendant quelques secondes, contemplant sans les voir les gouttes qui se précipitaient vers le sol. Ce qui m'avait poussé à lui venir en aide, au lieu de l'ignorer comme les autres...

"Faut-il nécessairement une raison pour venir en aide à quelqu'un d'autre... ?"

Je tressaillis en entendant le son de ma voix. Je n'avais pas eu conscience de prononcer cette phrase à haute voix, mais elle s'était échappée d'entre mes lèvres en un murmure bas, mais parfaitement compréhensible malgré tout. Je me tournai à nouveau vers la jeune fille, souriant doucement.

"Vous disiez tout à l'heure n'être "qu'un être humain parmi tant d'autres". Pour moi, vous êtes... un être humain. Parmi tant d'autres, certes, mais vous êtes un être humain. Vous avez tout autant de valeur et d'importance que les autres. Alors je ne vois pas pourquoi je ne vous aurais pas apporté mon aide.

Je ne peux pas ignorer la détresse des gens autour de moi. Je ne peux pas fermer mon coeur aux autres. Si je peux aider quelqu'un, je le ferai. Si je peux faire quelque chose pour vous aider, je le ferai. Qu'importe le temps et les efforts que cela me demandera. Parce que je ne peux pas abandonner un homme ou une femme à son sort. Tout simplement."



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Ven 16 Mai - 17:36

Je fermai les yeux et vacillai. Comment faisait-il pour que ses paroles me semblent si justes ? Mon passé et mon présent se mêlaient si étroitement qu’haïr l’un revenait à haïr l’autre aussi. Sans ma sœur, je ne serais pas celle que j’étais aujourd’hui. Devais-je pour autant la détester d’être venue au monde et d’avoir fait en sorte que je m’attache à elle ? Bien sûr que non : Hallanah avait été la plus belle part de ma vie. Pourtant, exécrer sa mort revenait presque à ressentir la même hargne envers sa vie, toutes deux formant un seul et même tout.

-Oui, je comprends, murmurai-je. La haine est comme un bain d’acide que l’on prend pour échapper à la vraie souffrance qui va de pair avec notre peine, et qui est bien plus grande. Pourtant… si j’abandonne ma haine envers l’existence… je ne suis plus grand-chose.

Il était heureux de m’être venu en aide ? Cela signifiait-il qu’il avait supporté sans broncher la pluie qui trempait à présent ses vêtements par ma faute, la pierre que je lui avais lancée, toutes les stupidités que j’avais pu lui dire ? Pire encore, que ça en valait la peine s’il avait pu m’aider ? Je déglutis. Etait-il fou ? Où était-ce simplement ce dont j’avais l’habitude qui était déplorable par rapport à ce qui pouvait sembler normal ? Après tout, il venait d’ailleurs. Peut-être était-il courant chez lui de secourir ceux qui en avaient besoin.

-Non, cela ne me parait pas étrange, répliquai-je lorsqu’il me parla de son envie de découverte. Je peux comprendre à quel point il est profitable de partir voir l’ailleurs… pour finalement mieux se rendre compte que nous sommes bien mieux chez nous, aux côtés de ceux que nous aimons. On oublie souvent la chance que l’on a de les voir tous les jours.

Je l’observai attentivement tandis qu’il me donnait les raisons qui l’avaient poussé à m’aider. Mais il paraissait seulement… attristé que la réponse ne m’apparaisse pas d’elle-même. Ses paroles me firent alors tressaillir. Il les avait murmurées, comme une évidence qui ne m’était pas vraiment destinée, une évidence chuchotée par son cœur. La question me frappa. Fallait-il une raison pour venir en aide à quelqu’un ? Bien sûr que non ! Si je voyais quelqu’un au milieu de la rue, comme moi je l’avais été, irai-je pour autant le secourir ? Je n’en étais même pas certaine…

-Aussi triste que cela puisse paraitre…, commençai-je avant de déglutir, pesant chacun de mes mots.Je ne suis pas sûre que je l’aurais fait. M’avancer prêt d’un inconnu en souffrances. Lui parler. Tenter de le consoler. Je… Honnêtement je ne suis pas certaine que je l’aurais fait. Que j’aurais eu le courage de sortir de la masse de ceux qui contourneront prudemment cet étranger.

Il eut alors un doux sourire, et je ne pus m’empêcher de l’imiter. Puis, une nouvelle fois, il se mit à parler, et une nouvelle fois chacun de ses mots fut comme un coup de poing qui percutait mon esprit. J’avais de la valeur ? De l’importance ? Je n’avais jamais pensé l’être. J’étais une fille parmi deux, une élève au milieu d’une classe, une amie parmi tant d’autre… Jamais… jamais je ne m’étais dit que j’étais aussi précieuse qu’une autre. Pourtant… Il m’avait aidé, et m’assurait avec sincérité qu’il le ferait encore, pour n’importe qui, peu importe les efforts que cela lui demanderait.

-Mais pourquoi ? gémis-je d’une petite voix, à peine audible, avant de reprendre avec plus d’assurance. Je suis navrée de vous déranger avec ces questions, mais je n’arrive pas à comprendre. Vous n’y gagnez rien. Rien ne vous y pousse. Pourtant, vous le faites quand même, et quand vous m’en parlez, j’ai l’impression que cela vous est… nécessaire. Mais je n’arrive pas à saisir pourquoi. Vous ne me connaissez pas, je ne vous paierais pas… Je n’étais qu’une inconnue. Ce soir-là, il vous suffisait de passer devant moi et de m’oublier, et vous n’auriez certainement pas eu tous ces ennuis. Pourtant, vous êtes resté, m’avez poussé à m’abriter… Je ne comprends pas…

Je frottais mes épaules pour me réchauffer, tout en réfléchissant rapidement. Toute ma vie, j’avais eu besoin de comprendre. Les mathématiques me semblaient donc faciles, de même que les sciences. J’avais envie de percer le fonctionnement de chaque chose. Pourtant, depuis toujours, je savais que je n’y parviendrais pas. Certaines choses n’étaient pas explicables. Le miracle de la vie. La foi des hommes en une puissance supérieure. L’imagination. Peut-être que la gentillesse gratuite faisait partie de ces choses que je ne pouvais pas expliquer.

-Est-ce parce que je suis fondamentalement incapable d’être gentille et serviable ? demandai-je comme pour moi-même. Ou parce qu’il n’y a tout simplement rien à comprendre ?
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Saphiel
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Mer 21 Mai - 13:36
Au moins écoutait-elle mes paroles. Vu ses premières réactions, j'avais craint qu'elle ne se montre totalement hermétique à tout ce que je pourrais lui dire, murée dans la souffrance dans laquelle elle était plongée. Et refusant d'en sortir. Car souvent, se complaire dans la douleur et la haine était plus facile que de recommencer à aller de l'avant...

A ses paroles, je posai doucement une main sur son épaule, la pressant l'espace d'une seconde. Je ne savais pas comment mon geste serait perçu, j'avais cru remarquer que les contacts physiques entre les gens étaient bien moins nombreux et moins naturels que pour moi. Mais j'avais dans l'idée qu'un tel geste était une bonne manière de lui rappeler qu'elle n'était pas seule...


"Vous restez vous-même, mademoiselle. Et rien n'est plus important que d'arriver à être soi-même. Que vous ayez une place importante ou non dans la société ne change rien. Vous êtes un être humain, et à ce titre, vous avez de l'importance. La haine... ne peut que vous ronger et vous pervertir."

Se rendre compte que l'on était mieux chez soi... Je demeurai rêveur quelques secondes, réfléchissant à cette déclaration. Pouvais-je en dire de même ? Mais avant même de pouvoir répondre à cette question, il m'aurait fallu savoir s'il y avait un endroit que j'avais jamais considéré comme réellement "chez moi"... J'avais toujours voulu être là où je serais utile aux autres, pas là où je me sentais chez moi...

Mais là n'était pas la question, après tout, et cela n'avait somme toute que peu d'importance. J'étais heureux là où j'étais, et je m'y sentais à ma place, désormais. Ou peu s'en fallait, mais ce n'était qu'une question d'habitude, j'en étais certain. Alors je chassai ces pensées de mon esprit, pour me focaliser sur elle. Qui m'avouait avec difficultés qu'elle n'aurait probablement pas pu faire la même chose que moi.


"Loin de moi l'idée de vous en jeter la pierre, mademoiselle Ombeline. Et je n'estime pas non plus avoir du mérite d'agir comme je le fais. Mais nous avons tous des choses que nous ne pouvons pas faire. Des actes que nous faisons parce que nous n'arrivons pas à faire autrement. Lorsque je vois des gens souffrir, des gens qui ont besoin de mon aide... Il m'est beaucoup plus facile d'aller les voir, que de rester sourd à leur détresse."

Visiblement, mes paroles avaient même beaucoup d'impact sur elle... J'avais l'impression de la bouleverser à chaque fois que j'ouvrais la bouche. Et pourtant, à mes yeux, mes paroles n'étaient que l'expression du simple bon sens qui m'avait guidé toute ma vie. ... Mais tout le monde ne devait pas avoir la même vision des choses. Ce devait être pour cela.

Je m'approchai d'elle et je lui pris délicatement les mains entre les miennes, y exerçant la même douce pression que sur son épaule quelques temps auparavant. Cherchant son regard pour y ancrer le mien, je répondis avec un sourire affectueux.


"Vous ne me dérangez pas. Comme je vous l'ai dit, je n'ai pas besoin de raison pour aider les autres. Cela m'est... naturel. Il me suffit de suivre mon coeur, c'est lui qui me pousse vers les autres. Mais... Je crois réellement qu'il n'y a rien à comprendre. Et vous êtes loin d'être dénuée de toute gentillesse. Il y a du bon en vous, mademoiselle, comme dans tout être humain. Il y a du mal aussi. Certainement. Je ne dis pas cela pour vous juger, mais... Tous les hommes ont une part de lumière et une part de ténèbres en eux. Vous, moi, ceux qui nous entourent, tous.

Cela, personne n'y peut rien. Je ne crois pas à l'existence d'hommes qui seraient exclusivement bons ou mauvais. Mais ce que nous pouvons tous faire, chacun à notre échelle, c'est refuser de céder aux mauvais sentiments qui sont en nous. Ne pas nous laisser à la haine, à l'humiliation, à la brutalité. Et au contraire, nous devons essayer de prêter l'oreille à ce que nous avons de bon en nous."


Puis je rougis légèrement, lâchant ses mains et lui adressant encore un sourire d'excuse.

"Oh, je... m'excuse derechef, je ne pensais pas vous faire un tel discours..."



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Sam 31 Mai - 8:24
Il posa la main sur mon épaule, et je tressaillis de surprise. Je n’avais pas l’habitude des contacts physiques. Pourtant, je ne me dégageai pas. J’étais étrangement rassurée par cette présence humaine et chaleureuse à mes côtés. J’avais soudain l’impression qu’elle me soutenait plus sûrement que n’importe quoi d’autre. Un léger sourire éclaira mon visage tandis qu’il me parlait, mais il disparut bien vite. Etre moi-même… Je ne pouvais nier que j’avais perdu ce don lorsque ma sœur était morte. Désormais je n’étais plus qu’une ombre, la moitié d’un tout.

-Je n’ai jamais été « moi-même », soufflai-je alors même que cette constatation me frappait. Depuis toujours, ma sœur et moi formions comme… une seule et même personne. Nous étions… un tout que rien ne pouvait séparer. Sauf la mort, de toute évidence.

A cette idée, mon visage s’assombrit plus encore. Pourtant, lorsqu’il se mit à parler, je réussis l’exploit de rejeter ma tristesse en arrière-plan pour l’écouter. Il disait ne pas avoir de mérite à agir ainsi. Je n’étais pas d’accord, et j’aurais pu me jeter par terre à ses pieds en pleurant de reconnaissance, pour avoir réussi à apaiser mes souffrances, mais je restai muette, à boire ses paroles comme du petit lait. J’avais l’impression de discuter ainsi avec quelqu’un pour la première fois de mon existence, et pour tout dire, j’adorais ça.

-Eh bien, vous êtes quelqu’un d’exceptionnel, murmurai-je. Personnellement, il m’est beaucoup plus facile de rester à distance et de m’en aller. J’imagine que constater ainsi la peine des autres ravive la mienne…

Soudain, il s’approcha de moi et serra mes mains dans les siennes. Je baissai les yeux quelques instants, une nouvelle fois surprise de ce contact physique, avant de les relever pour me plonger dans les siens. Il sourit, et je lui répondis de même, incapable de m’en empêcher. Une nouvelle fois, j’écoutais ses paroles comme s’il était la première personne que j’entendais depuis des décennies.

Cela lui était naturel d’aider les autres ? Pourquoi à moi ça ne l’était pas ? Etais-je naturellement cruelle et égoïste ? Pourtant, il disait le contraire… Je ne pensais pas réellement qu’il y avait du bon en moi – la bonne part de ma vie était partie lorsqu’Hallanah était morte – mais j’avais envie d’y croire. Envie de croire que je pouvais devenir quelqu’un de bien. Quelqu’un de meilleur. Je fermai les yeux. Je voulais vraiment rejeter la haine et la brutalité pour faire place à ce qu’il y avait de bon. Pourtant, je m’en sentais incapable. Y avait-il seulement du bon en moi ? Il semblait croire que oui. J’en étais moins sûre.

J’ouvris les yeux lorsqu’il me lâcha les mains, et il s’excusa de m’avoir tenu un si long discours. Etait-il gêné de parler ? Une nouvelle fois je ne trouvai pas la réponse. Peut-être y avait-il tellement de bonté en lui qu’il était embarrassé d’accaparer la parole ? Je me sentis encore plus petite à cette idée, mais je souris néanmoins.

-Je viens de vous révéler que je n’irais pas vers un homme qui souffre au bord de la route, et vous vous excusez de me tenir un discours qui vous semble trop long ? demandai-je, incrédule. Le monde tourne à l’envers… Cela dit, je ne pense pas qu’il y ait… du bon en moi. Du mal, certainement. Il est plus facile de lui céder que de se lancer sur le rude chemin du bien. J’ai haï bien assez souvent l’univers, ces derniers temps, pour que cela devienne presque une habitude. Et le pire, c’est que je n’arrive pas à faire autrement. Quand j’y pense… il m’a arraché ma sœur. Ma raison de vivre. N’est-ce pas cruel ? Elle avait la vie devant elle, elle aurait pu devenir une personne exceptionnelle. Mais au lieu de ça… Monsieur Saphiel, dites-moi, si le monde lui-même est cruel, pourquoi ceux qui y vivent ne le seraient pas ?
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Saphiel
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Mer 4 Juin - 18:14
Ses paroles faillirent m'arracher un soupir. Je savais bien que certaines personnes étaient extrêmement proches, même si je ne l'avais moi-même jamais réellement vécu, mais... Dans tous les cas, vivre voulait aussi dire perdre. Perdre des gens que nous connaissions, perdre l'innocence de l'enfance, perdre la force de la maturité... Perdre ou changer. La mort et le deuil étaient durs, mais nous devions les surmonter, nous en remettre peu à peu... et en sortir grandis.

Je ne risquais pas d'expliquer à Ombeline que la mort n'était pas une perte définitive. Je ne risquais pas de vouloir nier ou effacer la peine qu'elle ressentait. Mais peut-être... Peut-être pourrais-je lui faire comprendre qu'échapper à la haine et au désespoir commençait par accepter le changement inéluctable auquel elle faisait face...


"Je crains de ne pas pouvoir dire que je comprends ce que vous me dites. Dans ce genre de situations, il me semble que nul ne peut comprendre s'il n'a pas vécu lui-même une telle symbiose. J'ai eu un mentor... qui m'était extrêmement cher... mais je n'ai pas eu d'âme-soeur."

Je n'insistai pourtant pas sur le sujet. Pas pour le moment. Je ne voulais pas lui donner l'impression de la presser ou de vouloir la forcer à quoi que ce soit. Cela n'aurait servi à rien. Non, ce qu'il me fallait faire... C'était uniquement semer des graines. Les graines des idées et des sentiments qui pourraient, à terme, apaiser son âme...

"Tout le monde n'a pas les mêmes facilités, mademoiselle, et il est inutile de vous blâmer pour cela. Comment pourrais-je accepter l'idée d'être exceptionnel, alors que je ne fais que suivre la pente naturelle de mon âme ? Non, non, je n'ai aucun mérite."

Elle parut surprise lorsque je lui pris délicatement les mains. Peut-être n'avait-elle plus l'habitude de tels contacts, si elle était aussi isolée qu'elle le disait à cause de sa douleur à vif ? Mais elle ne semblait pas trouver cela désagréable, aussi ne les lâchai-je pas. Je lui parlai en souriant, heureux de voir son sourire répondre au mien. Ma venue dans cette ville n'aurait pas été inutile...

Sa question incrédule me fit avoir un sourire d'excuse. Je me doutais que mon attitude pourrait paraître... excessive... Aussi me décidai-je à m'expliquer tout d'abord sur le sujet, avant de répondre au coeur de la discussion.


"Je n'aime pas lorsque mes paroles semblent tourner au sermon. J'ai eu... une éducation religieuse, et j'ai tout le temps peur que cela ne déteigne trop sur ma manière d'être, et que j'aie l'air de prêcher lorsque je ne veux qu'aider et parler..."

Puis... Je ne pus me retenir, je repris l'une de ses mains dans les miennes pour la presser doucement. Entendre quelqu'un d'aussi jeune prononcer des paroles aussi amères me faisait du mal. J'étais triste de penser que l'existence l'avait déjà suffisamment éprouvée pour qu'elle pense ainsi...

"Ne vous dénigrez pas ainsi, mademoiselle Ombeline. Je suis parfaitement d'accord avec vous que le mal est bien plus facile, bien plus confortable à suivre que le bien. Même lorsque nous pensons bien faire, sincèrement, il peut arriver que nos actions fassent le mal autour de nous. Mais... Je m'excuse par avance, je crains de vous faire une nouvelle tirade qui vous paraîtra peut-être moralisatrice et naïve...

Vous me demandez pourquoi ceux qui vivent dans le monde ne seraient pas cruels, puisque le monde l'est. A mes yeux, vous... partez d'une mauvaise base. Le monde n'est pas cruel. La nature n'est pas cruelle, les objets ne sont pas cruels... Et les événements ne sont pas cruels. Shh, ne dites rien. Je ne dis pas que vous ne devez pas souffrir de la mort de votre soeur. Je ne dis pas que ce n'est pas un événement horrible. Mais la cruauté... suppose une conscience de ce qui se passe.

Ne rendez pas le monde responsable de cette mort, Ombeline. C'est difficile, c'est douloureux, mais bien souvent, face à la mort, il n'y a pas de responsable. Il n'y a personne à haïr. Juste la douleur de la perte. De l'absence irrémédiable d'un être cher. Et c'est une souffrance atroce, personne ne pourra prétendre le contraire, et certainement pas moi.

Mais... Je me répète, la cruauté ne peut pas qualifier le monde. Le monde est insensible, oui, mais non cruel. Le monde n'a pas changé, entre les moments qu'il vous a offert avec votre soeur et les moments qu'il vous offre à présent. Ne le rendez pas responsable. Il n'y a pas de responsable. Vous devez... apprendre à accepter. Accepter n'est pas trahir votre soeur, Ombeline, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Mais c'est cela, faire son deuil. C'est accepter l'idée qu'il y a eu un avant... mais qu'il y a également un après. Que vous pouvez continuer à vivre.

Votre soeur n'aurait pas voulu que vous mouriez, j'en suis certaine. Votre soeur n'aurait pas voulu que vous gâchiez votre vie. Pensez toujours à elle, pleurez pour elle, priez si vous êtes croyante, ne l'oubliez surtout pas et restez fidèle à son souvenir. Vivez pour elle."



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Jeu 5 Juin - 18:48
Une symbiose… Ma sœur et moi formions tel un tel ensemble ? Vivant l’une pour l’autre, vivant l’une de l’autre… En tout cas, elle était mon âme sœur, j’en étais certaine. Nous étions si proches qu’il nous était aussi simple de se comprendre d’un seul geste, d’un seul regard, que par des longs discours. Si proches que bien souvent nous inversions nos rôles, et que personne n’était capable de nous différencier. Si proches que sa mort avait laissé comme un vide dans mon cœur, un vide qui se remplissait de cette souffrance indéfinissable qui allait de pair avec la solitude que je connaissais désormais si bien.

-Je pourrais vous dire que c’est bien dommage, murmurai-je comme pour moi-même. Le bonheur que l’on ressent à être ainsi en harmonie avec quelqu’un, à le voir sourire, à rire et jouer avec lui… Je ne parviens pas à l’exprimer. Je peux juste dire qu’il est à la hauteur de la souffrance qui étreint à présent mon cœur. Est-ce parce que j’ai été trop heureuse durant ma jeunesse qu’à présent je me dois d’être malheureuse ? Le destin nous offre-t-il des fleurs pour ensuite nous piétiner sans remords ?

Je me passai la main dans les cheveux, gênée de m’être autant étendue sur mon questionnement intérieur, avant de reprendre le fil de la conversation. Je clignai des yeux devant ses paroles. S’il suivait la pente naturelle de son âme en venant m’aider et en apaisant ma douleur avec autant de brio, alors était-ce son âme qui était exceptionnelle ? Ou était-ce, comme lui-même le disait, une des facilités qu’il avait ? Pouvais-je moi aussi devenir quelqu’un de bien ? Etais-je capable d’utiliser mes capacités pour faire quelque chose de mieux ? Je l’espérais. Je voulais vraiment que ma sœur, où qu’elle soit, si elle pouvait encore me voir et savoir ce que je faisais, puisse être fière de moi en voyant celle que j’étais devenue.

-Je suppose pourtant que votre âme peut pencher autant vers le bien que vers le mal, raisonnai-je simplement. Alors pourquoi certains choisissent plutôt le second que le premier ? Ne faut-il pas du courage et de la volonté pour agir avec générosité ? Dans ce cas n’est-ce pas un mérite de faire le bien ?

Lorsqu’il me dit avoir eu une éducation religieuse, j’eus un léger sourire. Je n’avais en effet aucune difficulté à me le représenter en parfait croyant. Pourtant, ça ne m’avait pas sauté aux yeux au premier abord. Aucune de ses paroles ne m’avait semblé être un sermon, mais peut-être mon jugement était-il altéré. Quand il m’avait trouvée, écroulée de douleur et de chagrin au beau milieu de la rue, il aurait même pu me dire que les moutons étaient des morceaux de nuages tombés du ciel que je l’aurais écouté. Ne serait-ce que parce que j’avais besoin d’entendre quelqu’un me parler. Ou simplement pour altérer ma souffrance durant quelques instants.

-Eh bien je ne peux que vous dire que votre aide et vos paroles m’ont été très utiles, répliquai-je. D’ailleurs, si vous rejetez ce que votre éducation vous a appris, ce que votre éducation vous pousse à faire, n’est-ce pas, d’une certaine façon, vous rejetez vous-même ? Et puis, je me sentais tellement seule que même une conversation religieuse m’aurait fait du bien. Parler aussi librement avec quelqu’un… Disons que ça fait un bien fou. Encore merci pour votre présence.

Après ma tirade, il s’empara d’une de mes mains comme s’il ressentait le besoin de me consoler. Cette fois-ci, comme je commençai à m’habituer aux contacts physiques, je restai immobile. Mes paroles étaient-elles vraiment aussi défaitistes ? Sur le moment, je n’en avais pas eu l’impression, mais peut-être était-ce le cas. Après tout, mes pensées l’étaient, elles. En tout cas, son geste eu l’effet désiré : je sentis ma peine s’amoindrir encore un peu tandis que j’étais entièrement focalisée sur ses paroles, qui trouvaient en moi comme un étrange écho. Je le laissai parler, écoutant tout ce qu’il avait à dire, avant de répondre.

-Vous me demandez de ne pas me dénigrez, mais vous le faites vous même, commençai-je avec un léger sourire, que je laissais s’effacer bien rapidement. Vos tirades ne sont jamais moralisatrices et naïves. Ou en tout cas, pas jusqu’à maintenant. Cela dit… Je crois que ma haine vient justement de cette impossibilité que j’ai à rendre quelqu’un responsable. Ce n’était la faute de personne, mais il faut bien, je suppose, qu’au fond de moi je trouve une raison. Je ne veux pas qu’elle soit morte pour rien. Sur un simple hasard qui a fait que son cœur cesse de battre au lieu de continuer, envers et contre tout.

« Comme vous le dites, je souffre. Et il est bien plus facile de haïr que de laisser cette douleur m’envahir et me submerger. Je me suis déjà détestée moi-même pour ce qui s’était passé. Pourquoi n’étais-je pas à sa place ? Aurais-je pu l’aider si j’avais été présente ? La sauver ? Est-ce donc de ma faute si elle n’est plus en vie ? Mais c’était plus douloureux encore, alors j’ai cherché quelqu’un d’autre sur qui rejeter ma hargne. L’univers… c’est un parfait bouc-émissaire. Il ne ressent rien, il est indifférent et au fond, il aurait pu faire quelque chose. Pourquoi s’est-il agencé de telle façon que cet accident ait lieu ? N’aurait-il pas pu l’éviter ?

« Vous me dites d’accepter… Mais c’est le plus dur à faire. Comment puis-je accepter qu’elle ne soit plus là, à mes côtés, pour rire avec moi ? Qu’elle soit morte aussi injustement? Que ce soit elle, et non quelqu’un d’autre, n’importe qui, qui ait été victime de cet accident ? Que le hasard ait fauché cette vie en devenir, cette vie qui promettait tant de belles choses ? Je sais que ma sœur aurait voulu que je continue à sourire, que je sois heureuse, que je ne la laisse pas gâcher ma vie. Mais je ne parviens pas… je ne parviens pas à oblitérer cette souffrance. Je ne parviens pas à vivre pour elle. Parce qu’au fond de moi, je veux encore vivre avec elle.


Je me tus un instant, les larmes aux yeux. Ce discours était comme une lame invisible que je plantai dans mon cœur et que je retournai pour accentuer encore la souffrance qui était la mienne. D’un geste rageur du bras, je m’essuyai le visage, refusant de pleurer maintenant. Je venais de m’épancher des mots qui alourdissaient mon esprit depuis trois ans. J’avais encore du mal à croire que j’avais retenu tout ça durant autant de temps, incapable de prononcer ces quelques phrases. Soudain gênée à l’idée de m’être ainsi étalée devant lui, je tordis une mèche de cheveux entre mes doigts, tout en murmurant :

-Désolée de vous ennuyer ainsi avec mon discours de dépressive. Etaler ainsi mes sentiments n’est pas vraiment dans mes habitudes.
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Saphiel
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Mer 11 Juin - 11:19
A force de parler avec cette jeune fille, je croyais avoir compris ce qui la faisait souffrir autant, outre la relation toute particulière qu'elle avait eue avec sa soeur - ce que je ne négligeais pas. Peut-être était-ce depuis son deuil, mais j'en doutais... Elle était renfermée sur elle-même. Elle et sa soeur, auparavant, et elle seule dorénavant. Et, ne s'étant jamais tournée vers le monde extérieur, elle n'avait aucune prise pour se sortir de sa situation, et rien pour la distraire de la douleur de la perte de sa soeur.

Du moins étais-je ainsi que je voyais les choses. Mais je pouvais fort bien me tromper, et je refusais de renfermer sur cette vision des choses et de m'y accrocher à l'avenir. Si jamais les événements me prouvaient que j'avais tort, je le reconnaîtrais ; je n'étais pas sans savoir que s'accrocher bec et ongles à une idée fausse était dévastateur, bien souvent...


"Le destin, comme vous dites, n'effectue pas de rééquilibrages. Ce n'est pas parce que vous avez été heureuse que vous serez malheureuse, ni inversement. Vous ne devez pas attendre une intervention surnaturelle pour être heureuse et devenir quelqu'un de bien. Vous devez le faire vous-même..."

Pourquoi certains choisissaient le mal plutôt que le bien... ? Je laissai échapper un léger soupir triste. Je m'étais posé la question, un temps... Avant de réaliser que j'avais une chance incroyable d'être comme prédisposé à suivre la voie de la vertu, puisque bien souvent, bien agir ne me coûtait rien. Mais il n'en était pas de même pour tous...

"Comme je vous l'ai dit, il est souvent bien plus facile de suivre les vices que les vertus... Malheureusement..."

Oh, elle avait mal compris mes paroles concernant mon éducation religieuse, visiblement... Enfin, peut-être que mes formulations prêtaient à confusion, je ne savais plus les mots exacts que j'avais employés... Je souris tout en secouant la tête, et me hâtai de rectifier.

"Oh, je ne rejette pas mon éducation religieuse, loin de là. Je suis toujours croyant - peut-être même plus qu'avant. Non, ce que je voulais dire, c'est que... Je n'aime pas donner l'impression que je cherche à aider les gens justement parce que je suis croyant, pour avoir bonne conscience ou pour "m'acheter" une place au Paradis. Je ne fais pas cela dans l'espoir d'obtenir quelque chose en échange..."

Puis elle répondit à ma tirade, se retrouvant presque en pleurs à la fin de la sienne. A la vue des larmes qui brillaient dans ses yeux, et qu'elle essuya rapidement, je ne pus me retenir. Je m'avançai vers elle et je la pris dans mes bras, la serrant doucement contre moi. Peut-être m'étais-je effectivement trompé et était-ce cela, le problème. Elle n'avait eu personne pour se soulager de sa peine...

"Ne vous excusez pas. Parlez, pleurez si cela vous fait du bien. Contre moi, personne ne vous verra. Et je ne me moquerai pas de vous ni de votre souffrance, vous le savez. Cessez de tout garder pour vous, de vous contraindre, et laissez parler votre coeur, pour une fois.

Je comprends ce que vous ressentez. Je comprends et je ne vous blâme pas, pour rien. Vous souffrez, et je veux vous aider. J'espère qu'un jour, vous arriverez à dépasser cette haine et à vivre votre vie comme vous l'entendez. J'aimerais vous dire que votre soeur vous regarde depuis l'au-delà et vous accompagne, mais si vous n'êtes pas croyante comme moi, cela ne vous fera rien...

J'aimerais trouver les mots justes, mais aucun mot n'est juste face à la souffrance. Alors je vous dirais juste que... je comprends. Je n'ai pas connu votre soeur, mais je vois à quel point vous l'aimez. Et je déplore également sa mort. Je ne sais pas si elle était évitable ou non, et j'évite de me perdre dans de tels raisonnements, car nous ne pouvons réécrire le passé. Néanmoins, si vous l'acceptez... Je peux la pleurer avec vous..."


Ma voix avait fini par n'être qu'un murmure, et je sentais quelques larmes s'amonceler dans mes yeux. Trop sensible ? Peut-être bien... Mais la souffrance des autres ne m'avait jamais laissé indifférent, parfois je la ressentais encore plus violemment que la mienne...



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Sam 14 Juin - 14:24
Chacun de ses mots trouva, une nouvelle fois, un étrange écho en moi. A tel point que je me demandai un instant en clignant des yeux s’il n’était pas qu’une projection de mon esprit qui me disait ce que j’avais besoin et envie d’entendre. Mon malheur pouvait avoir une fin. Je pouvais retrouver le bonheur qui avait sombré avec ma sœur. Et même si cela me demanderait certainement des efforts, savoir que le supplice que subissait mon cœur avait peut-être une fin me rassurait. Un jour peut-être évoquerais-je les souvenirs de ma jeunesse sans souffrir de la perte d’Hallanah.

-Le faire moi-même…, répétai-je d’une voix songeuse. Il est bien difficile de se lever le matin et de se dire que la journée sera heureuse. Ce sont les évènements qui influent sur notre malheur. Etant incapables de déterminer les imprévus qui nous guettent et d’agir en conséquence, comment sommes-nous sensés construire notre bonheur ? Alors que nous nous trouvons sur la menace perpétuelle d’une catastrophe telle qu’un décès ?

Suivre les vices était plus facile… Naturellement, j’étais d’accord. Si l’inaction était un vice, alors il était évident que c’était le chemin le plus simple. Pourquoi faire le bien était-il tellement plus compliqué? D’autre part, y aurait-il un quelconque mérite à agir avec bonté si tout le monde le faisait ? Mais faisait-on le bien pour trouver du mérite ou, comme dans le cas de Saphiel, parce que c’était la moindre des choses ?

-Il faut bien qu’il y ait un avantage à agir pour le mal, grommelai-je en haussant les épaules. Et puis… S’il n’y avait plus de mal… est-ce que le bien aurait encore une raison d’exister ?

Aider les gens juste parce qu’il était croyant ? Me donnait-il cette impression ? Bien sûr que non : il suffisait de le regarder dans les yeux et d’entendre sa voix pour comprendre qu’il agissait réellement par pure bonté. Il n’avait pas cette gentillesse factice qui caractérisait ceux qui voulaient seulement « s’acheter une place au Paradis », pour reprendre ses mots exacts, ou qui désiraient quelque chose, et à laquelle j’avais souvent eu droit lorsque mon entourage m’avait présenté ses « sincères condoléances. »

-Je peux vous rassurer tout de suite, vous êtes bien loin de ceux qui agissent par profit, murmurai-je avec un léger sourire. Et c’est cela qui vous rend exceptionnel. Argent, temps, sourire, aide, gentillesse… De nos jours, tout semble compter trop pour être donné gratuitement. Mais vous… vous offrez sans mesure, et sans rien attendre sans retour.

Alors que je venais d’essuyer mes larmes, il se précipita vers moi et me prit dans ses bras. Eberluée, je restai parfaitement immobile, incapable de réagir. Personne ne m’avait serrée ainsi contre lui depuis la mort d’Hallanah. Encore abasourdie par ce geste, qui représentait bien plus à mes yeux que des milliers de mots, qui était pour moi présence bienveillante autant que réconfort, j’écoutai pourtant chacun de ses mots avec attention, les yeux écarquillés.

S’imaginait-il quelle échappatoire ses paroles représentaient à mes yeux ? Pleurer, sans que personne ne le sache, laisser sortir tout ce que j’avais accumulé durant ces trois années de souffrance et de peine, me sentir comprise et soutenue… Savait-il à quel point j’en avais besoin ? Sans doute que non, mais ces mots touchèrent juste. Pourtant, ce fut ce murmure, à la fin de sa tirade, ce brin de voix me faisant comprendre qu’il pleurait vraiment, qui acheva de briser la muraille que j’avais patiemment bâtie en moi pour m’empêcher de ressentir. Je m’agrippai à lui comme à une bouée de sauvetage et me mis à sangloter, incapable de me retenir.

Je ne sus pas combien de temps je restai là, à verser des larmes, mais toujours est-il qu’au bout d’un moment je m’écartai de lui et essuyai mes yeux mouillés et mes joues trempées. Je ne m’étais jamais sentie aussi faible et vulnérable. Pourtant, au fond de moi, j’avais l’impression que quelque chose avait changé. Comme si soudain je m’étais allégée d’un poids trop lourd qui pesait sur moi sans que je m’en rende compte.

-Si vous saviez comme j’aimerais qu’elle soit là, à mes côtés, soufflai-je d’une petite voix.Certains rêvent de devenir maitre du monde, d’autres de séduire en grand nombre, d’autres encore d’avoir une jolie maison et une vie bien comme il faut. Moi je veux juste que ma sœur revienne. Je veux juste pouvoir rire une dernière fois avec elle, la prendre dans mes bras ou même revoir encore son sourire… Est-ce trop demander ?

Il y eut un instant de silence, durant lequel je me plongeais dans la contemplation de la pluie qui tombait doucement au dehors.

-Je suppose que oui, repris-je avec amertume en haussant les épaules. La mort est un pas qui n’admet pas de retour en arrière. Je suppose qu’il faudra que je me contente de mes souvenirs. Vous savez ce qui me manque le plus ? Son rire. Elle avait un rire magnifique. Lorsque je l’entendais, j’avais l’impression qu’elle était le bonheur incarné, et que rien ne pourrait jamais la faire pleurer. Elle était une lueur dans l’obscurité que rien ne pouvait éteindre. Pourtant, elle a finalement disparu, me laissant seule dans le noir.

C’était la première image qui m’était apparue à l’esprit. Depuis sa mort, j’avais l’impression que les ténèbres me rongeaient de l’intérieur. A nouveau, j’en eus les larmes aux yeux. Pourtant, cette fois-ci, je les laisser couler le long de mes joues, trop lasse sans doute pour les essuyer. Un triste sourire éclaira mon visage. Je soufflai alors, comme pour moi-même :

-Peut-être devrai-je essayer de briller de ma propre lumière.
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Saphiel
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Ven 20 Juin - 15:01
Comment étions-nous censé réagir face aux événements qui pouvaient nous apporter du malheur ? Je poussai un faible soupir en voyant qu'elle persistait à considérer que les événements ne pouvaient apporter que du malheur. Pourtant, la vie était faite de bonheur et de malheur. Tant qu'elle persistait dans cette vision pessimiste de l'existence... Elle ne pourrait jamais parvenir à surmonter la perte de sa soeur, à mon sens...

"Ne vous dites pas que la journée sera heureuse. Effectivement, ce n'est pas qu'une question de volonté. Et oui, quels que soient nos efforts, le malheur peut s'abattre sur nous. Mais passer notre vie à le craindre ou à le déplorer ne l'empêchera pas d'arriver, mademoiselle. C'est pourquoi nous devons apprendre. Apprendre à agir, apprendre à nous battre pour que le lendemain ne soit pas une crainte pour nous. Je ne dis pas que nous devons ignorer les malheurs qui nous arrive. Mais pour nous, pour ceux que nous aimons et pour tous ceux que nous pouvons aider, nous devons nous relever. Nous relever et aller de l'avant. Du moins, c'est ma conception des choses."

Lorsqu'elle se mit à pleurer dans mes bras, je fermai les yeux, appuyant ma tête contre la mienne. Je ne dis rien, ou du moins rien dont je me souvienne. Je lui caressais doucement les épaules pour tenter de faire passer ses sanglots, des larmes coulant de mes joues comme pour accompagner les siennes. Peut-être lui murmurais-je des mots de soutien et de réconfort en même temps, mais je n'en avais même pas vraiment conscience.

Ce dont elle avait besoin, c'était d'une présence. D'une présence à ses côtés, d'une présence rassurante et réconfortante. Que quelqu'un lui montre qu'elle n'était pas seule. Aussi ne bougeai-je pas, la laissant pleurer tout son saoul. Lorsqu'elle s'écarta, je lui souris avec douceur, ne cherchant pas plus à la retenir. Et je la laissai parler, me contentant de l'écouter attentivement.


"Non, il n'y a pas de retour en arrière possible. Mais les souvenirs sont ce qu'un homme peut avoir de plus précieux, à mes yeux. Nos souvenirs sont ce qui nous constitue... Et se souvenir de quelqu'un que l'on a aimé, c'est le faire continuer à vivre dans notre coeur. Ce n'est pas la même chose que d'avoir quelqu'un à nos côtés pour partager notre vie avec lui, je suis bien d'accord. Mais..."

Je lui posai doucement une main sur l'épaule, mon regard fixé sur son visage. Sa dernière phrase me donnait de l'espoir...

"Vous avez raison. Vous devez trouver votre propre lumière. Eclairée par les souvenirs de ceux qui vous ont été chers. Vous devez trouver votre vie, votre bonheur, sans pour autant renier celle que vous avez été auparavant."

Je laissai passer un moment de silence, avant de proposer doucement :

"La pluie a diminué de violence... Peut-être devriez-vous rentrer chez vous ? Je peux vous y accompagner, si vous le souhaitez, nous devrions bien pouvoir trouver quelqu'un qui nous indique le chemin..."



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Sam 28 Juin - 18:34
Je ne pus m’empêcher de grimacer à ses paroles. Je savais, bien entendu, que pleurer sur mes malheurs – en l’occurrence la mort de ma sœur – ne les annulerait pas. Pourtant, d’une certaine façon, m’entendre dire que la douleur que j’avais ressentie ces trois dernières années avait été une perte de temps était un coup dur. Avoir une information bien enterrée dans un coin sombre de sa tête n’était pas la même chose que d’écouter quelqu’un nous la lancer en pleine figure. Au moins avais-je dès à présent l’occasion de changer mon comportement. En allant de l’avant malgré cette douloureuse perte qui m’étreignait la poitrine et colorait mon monde d’un gris terne.

-Vous avez sans doute raison, Monsieur, acquiesçai-je avec un léger sourire, par contraste avec la grimace que j’avais esquissée quelques instants auparavant. Plus la chute est longue, plus il est difficile de se relever, mais je suppose qu’un jour où l’autre, je vais bien finir par y arriver… Après tout, ce n’est qu’une question de volonté.

Je remarquai aussitôt qu’il fallait être sourd pour passer à côté du manque de conviction qu’il y avait dans cette dernière phrase. Une question de volonté… Quelle blague ! Pouvais-je d’un claquement de doigt emplir le vide dans ma poitrine ? J’étais sûre que non, j’avais déjà essayé. Pourtant, une partie de moi était encore persuadée qu’il était possible que je me remette du décès de ma sœur, comme un infirme qui croit dur comme fer en sa rééducation. Une petite partie, certes, mais qui était bel et bien présente.

Lorsque je me mis à pleurer, je sus que Saphiel était là. Oh, naturellement, sa présence physique était à mes côtés – le contraire aurait été difficile étant donné que je m’accrochais à lui comme une sangsue à sa proie. Mais il n’y avait pas que ça. Il était avec moi pour supporter une partie de la peine immense que je me trimbalais depuis trois ans. Il ne me connaissait pas, pourtant, j’avais cette étrange impression que j’étais plus proche de lui que de n’importe qui d’autre dans mon entourage. Ce qui était, soit dit en passant, effrayant, mais aussi, je devais bien l’avouer, terriblement soulageant.

Mes souvenirs étaient tout ce qui me restait de ma sœur. J’étais arrivée aussi à la même conclusion. Voilà pourquoi je ne voulais pas oublier. Bien sûr, chaque fois que je pensais à elle, j’avais envie de me jeter par terre et de pleurer de rage impuissante, de souffrance cent fois refoulée. Mais puisque c’était le seul moyen pour que, d’une certaine façon, elle continue d’être, à défaut de vivre, je m’y étais résignée. Saphiel me donnait la possibilité de changer cela. Il m’avait montré que je ne devais pas me focaliser sur le passé en songeant à tout ce que j’avais perdu, mais plutôt à tout ce que j’avais eu la chance d’avoir. Il m’était impossible d’imaginer ce qu’aurait été ma vie si Hallanah n’avait jamais existé.

-Parfois j’y arrive, vous savez, à la faire revivre à travers moi, murmurai-je. Ce sont les moments les plus magnifiques de la journée, avant que j’ouvre les yeux et que je revienne à la réalité. Mais je suppose qu’au lieu de ne voir que son absence, je devrais plutôt songer à tout ce que ma sœur m’a apporté. A tout ce qui n’aurait pas été pareil si elle n’avait jamais existé. Ça fait déjà pas mal de choses…

Je commençai à énumérer mentalement la liste non exhaustive de toutes ces choses, lorsque Saphiel me proposa de me raccompagner chez moi. Je grimaçai à l’idée de retourner à la maison, de revoir les visages mornes de mes parents et de subir l’ambiance sinistre qui régnait chez moi. Pourtant, un jour où l’autre, j’allais bien devoir m’y résoudre et la pluie – cette traitresse – s’était effectivement calmée. Je n’avais pas vraiment d’excuse pour rester là, immobile. D’autant plus que mes parents, s’ils ne s’étaient pas déjà endormis, s’inquiétaient peut-être pour moi.

-Vous avez raison, je devrais y aller, concédai-je d’une voix qui, à mon grand désarroi, me parut boudeuse. Il doit bien y avoir quelqu’un dans cette ville qui sait s’y retrouver…

Je devais d’ailleurs être la seule personne capable de se perdre dans sa propre ville. Arlon était peut-être grand, mais j’y étais née, et j’avais passé mon enfance à courir les rues en compagnie de ma sœur. Je jetai un coup d’œil à Saphiel. Je ne pus m’empêcher de penser que, pour une fois, mon sens de l’orientation inexistant ne m’avait pas desservi. Cet inconnu m’avait ouvert les yeux sur pas mal de choses auxquelles il me faudrait réfléchir sérieusement… Il m’avait dévoilé que mon avenir ne serait pas forcément les années de solitude et de souffrances auxquelles je m’attendais et que, pour peu que je m’en donne la peine, je pouvais construire quelque chose de mieux.
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Saphiel
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Ven 4 Juil - 13:25
J'eus un doux sourire au murmure d'Ombeline. Ses paroles me laissaient à penser qu'elle avait commencé à accepter les mots que je n'avais eu de cesse de lui adresser depuis notre rencontre, ou plutôt depuis que nous avions commencé à réellement parler. Et j'étais profondément heureux de voir qu'elle arrivait, peu à peu, à voir la situation sous un jour... moins sombre que celui dans lequel elle l'envisageait auparavant.

Oh, loin de moi l'idée de penser que sa situation était enviable ou qu'elle aurait dû être heureuse. Je ne minimisais pas ce qui lui était arrivé. Mais j'essayais de l'aider à ne pas se faire écraser par son chagrin. Elle avait perdu un être qui lui était très cher, et je savais la douleur que cela représentait. Mais, Dieu merci, elle n'avait pas eu d'autre épreuve à affronter en même temps...


"Je suis heureux de vous l'entendre dire, Ombeline. Vous ne devez pas oublier son absence, personne ne vous le demande, bien au contraire. Mais avoir conscience qu'elle est absente veut aussi dire garder, au fond de votre coeur, les souvenirs heureux que vous avez eu en commun. Et chérir la vie qui vous a fait vivre à ses côtés dans le bonheur des années durant."

Elle ne protesta pas réellement lorsque je lui proposai de la raccompagner chez elle, et je serrai doucement son épaule dans ma main. Moi qui n'avais pas l'habitude des contacts - je me souvenais encore de ceux de Sire Messiel, comme si sa main m'avait béni - je me retrouvais à en donner tout naturellement lorsque j'étais dans la position du consolateur. Curieux...

"Ne soyez pas triste, mademoiselle. Je suis certain que vos parents s'inquiètent pour vous... Et cela ne veut pas dire que nous ne nous reverrons plus, vous savez ? Je passerai de temps en temps à Arlon, et peut-être nous croiserons-nous à nouveau ? Si tel est le cas, je serai heureux de vous retrouver."

Je lui souris une nouvelle fois, avant de l'inviter à me suivre. Il pleuvait toujours un peu, mais les quelques gouttes qui tombaient n'était rien par rapport au déluge précédent. J'accostai la première personne que nous croisâmes avec un doux sourire pour lui demander notre chemin, puis je raccompagnai la jeune fille jusqu'à chez elle. Lorsque nous fûmes dans sa rue, je l'attirai une dernière fois dans mes bras, l'embrassant sur le front.

"Allez, mademoiselle. Rentrez chez vous, et portez-vous bien. Je ne vous oublierai pas dans mes prières. Et sachez que le souvenir de notre rencontre restera à jamais gravé dans mon coeur, que nous nous revoyons ou non."



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Ven 11 Juil - 19:01
Oublier son absence n’était pas dans mes intentions, loin de là. Oublier cette étincelle qui avait illuminé et réchauffé ma vie ? Avant que ma sœur ne disparaisse de mes pensées, j’aurais certainement eut l’idée que le Ciel n’était pas bleu et qu’il était possible d’attraper les rêves avec un filet à papillon ! Quant à chérir les souvenirs d’elle qui me restaient… Je les aimais presque autant que je les détestais. Ils me rappelaient combien j’avais été heureuse, ils me montraient que ma vie n’avait pas toujours été un échec. Mais ils me faisaient souffrir, indubitablement.

-Ne vous inquiétez pas, m’exclamai-je avec un entrain quelque peu forcé. Oublier ma sœur est la dernière chose que je me risquerais à faire. Elle serait capable de surgir de sa demeure dans l’au-delà – quelle qu’elle soit – pour me le faire payer.

Je ne plaisantais qu’à moitié. Ma sœur, si elle savait quelle torture intérieur mon esprit s’infligeait, n’aurait eu qu’une envie, me secouer jusqu’à ce que je lui promette d’arrêter. A quoi bon être malheureuse, alors qu’il me suffisait d’être heureuse pour que le monde se teinte des couleurs du bonheur ? Du moins, c’était sa philosophe. Je n’avais jamais réussi à comprendre. Etre heureuse malgré les aléas de l’existence ? Cela me paraissait chimérique. Et pourtant, elle y parvenait à merveille, affichant toujours ce sourire qui réchauffait le cœur de ses proches, moi compris.

Lorsque j’acceptai qu’il me ramène chez moi, avec une mauvaise volonté évidente, il serra mon épaule de sa main. Aussitôt, étrangement, l’appréhension que je ressentais à l’idée de retrouver cette maison lourde des souvenirs du deuil s’évanouit comme neige au soleil. Cet homme était un magicien, j’en étais sûre, désormais. Comment était-il parvenu, sinon, à me rendre un sourire qu’en trois ans de thérapie et de petites tapes condescendantes sur l’épaule je n’avais pas réussi à retrouver ?

-C’est facile pour vous, m’exclamai-je en réponse. Ce n’est pas vous qui devrez supporter l’atmosphère de cette maison. Quant à mes parents, ils dorment sûrement à l’heure qu’il est. Ce n’est pas comme si c’était la première fois que je prenais la poudre d’escampette. Et je serais moi aussi heureuse de vous retrouver.

Il me sourit et, instinctivement, je l’imitai. Après avoir demandé le chemin à un passant, il me raccompagna chez moi sous une douce pluie qui semblait vouloir me narguer. Pas un déluge, naturellement, mais juste assez pour s’infiltrer sous mes vêtements et me glacer de l’intérieur. Juste avant que je ne rentre, il me prit dans ses bras et déposa un baiser léger sur mon front. Etrangement, cela me rassura plus encore que les paroles qui suivirent.

-Merci encore pour m’avoir consolée. Cette conversation m’a fait beaucoup de bien. Je ne vous oublierais pas non plus. J’essaierais même d’appliquer vos conseils. Au revoir, j’espère, Monsieur Saphiel, murmurai-je avec un dernier sourire à son intention.

Après quoi je sortis les clés de ma poche et ouvris la porte de chez moi pour replonger dans mon enfer personnel.
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Saphiel
Ange de l'Espérance
Sam 19 Juil - 8:02
Il était vraiment triste, à mes yeux, qu'elle puisse déclarer ainsi, sans hésitation, que ses parents n'en avaient rien à faire qu'elle ait disparu ou non. Je ne savais pas si cela était vrai, et je n'avais pas de moyen de le savoir. Mais dans tous les cas, j'en étais attristé. Attristé que ses parents se soient ainsi désintéressés d'elle, attristé qu'elle se soit ainsi séparée de ses parents. Toutefois, quelque chose me faisait espérer que ces liens n'étaient pas totalement rompus ; ma propre expérience.

Peut-être s'en rendraient-ils compte trop tard, comme mon propre père l'avait fait. Mais viendrait un jour où ils réaliseraient tous, d'une manière ou d'une autre, qu'ils ne formaient qu'une seule et même famille. J'espérais juste que cela n'arriverait pas trop tard, que cela n'arriverait pas au moment où seules les larmes pourraient accompagner leur prise de conscience...

Pour autant, je ne dis rien. Je n'avais que trop parlé, et j'avais déjà dit, plusieurs fois, tout ce que je pouvais avoir à dire sur le sujet. En faire trop aurait été, à mes yeux, contreproductif. Je me contentai de la raccompagner silencieusement chez elle, puis de prendre congé.


"Gardez espoir, mademoiselle Ombeline. Gardez espoir. J'essayerai de revenir vous voir si j'en ai l'occasion. Que le Seigneur vous garde."

Je restai immobile dans la rue jusqu'à l'avoir vue entrer. Puis je me décidai à repartir de mon côté, heureux d'être venu dans cette ville puisque j'avais pu redonner espoir à cette jeune fille désespérée. Après m'être assuré que j'étais seul et que nul ne pouvait me voir, je déployai mes ailes pour m'envoler et retourner au Paradis. Me sécher, également. J'étais littéralement trempé...



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